Francine Pelletier / Le Devoir :

La petite brise qui vous balaie le front, le soleil qui vous chauffe la nuque, l’air qu’on respire à pleins poumons… Ah, le temps des petits fruits qui vous barbouillent le menton. Fermons les yeux et tentons d’oublier — c’est l’été, après tout — que ces bontés de la nature sont hypothéquées depuis lundi dernier. Le 8 août marque cette année la limite des ressources naturelles planétaires. C’est donc dire qu’on est, à partir de maintenant et pour le restant de l’année, dans le rouge pour ce qui est des bienfaits de la terre. On consomme des choses qui ne sont pas tout à fait gratuites. Tentons d’oublier aussi que 2015 a été « la pire année de l’histoire moderne » pour l’environnement. « Les températures à la surface de la terre et au-dessus des océans, le niveau des mers et les émissions de gaz à effet de serre ont battu des records établis juste l’année précédente », disent 450 scientifiques. Oublions que 42 % des amphibiens, 13 % des oiseaux, 26 % des mammifères (dont le tigre, le panda et l’éléphant), 31 % des requins et raies, 33 % des coraux constructeurs de récifs et 34 % des conifères sont menacés d’extinction. Oublions vite, car 2016 s’annonce pire encore. « Il faudra en 2016 l’équivalent de cinq planètes pour soutenir la consommation d’un Nord-Américain », écrit Karel Mayrand de la Fondation David Suzuki. (…)

Tout se passe comme si l’« historique » sommet de Paris sur le climat n’avait jamais eu lieu. On aurait cru qu’un accord liant 195 pays aurait eu un impact évident. Il s’agit de 99,5 % de la planète, après tout. Mais non. Il y a d’abord tous les pays qui n’en ont rien à cirer : la Syrie, l’Afghanistan, le Soudan, le Koweït… La Chine a déjà signifié qu’elle n’a aucune intention de bouger avant une décennie ou deux. Ensuite, tous ceux, comme le nôtre, qui font de belles promesses, investissent dans des « fonds verts », puis continuent comme si de rien n’était — Énergie Est ? Anticosti ? Une cimenterie à Port-Daniel ? Par ici, les investisseurs ! —, c’est-à-dire sans vraiment tenir compte du fait qu’on fonce dans un mur — « effondrement économique et déclin démographique » à prévoir d’ici 15 ans — et qu’il faudrait vraiment changer de modèle économique.

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