Gérard Montpetit, membre du Comité des citoyens et citoyennes pour la protection de l’environnement Maskoutain (CCCPEM) / RVHQ :

Dans le Huffington Post, M. Adrien Pouliot, chef du Parti conservateur du Québec, nous dit que Mme « Theresa May, la nouvelle première ministre du Royaume-Uni, vient de causer tout un émoi en annonçant qu’une partie des redevances perçues sur l’exploitation des gisements de gaz de schiste seraient versées directement aux propriétaires voisins...». Certes, cette déclaration de Mme May a causé un émoi, mais cela ne passe pas comme une lettre à la poste.

Dans le cadre du projet de loi 106, M. Pouliot suggère que des «…propriétaires fonciers des basses terres du Saint-Laurent…» pourraient inviter les minières à forer «…dans [leur] cour…» à cause de « 10 000 $ ou 15 000 $ par année de redevances ». Cette idée, c’est la collision frontale entre les droits des individus et les droits collectifs d’une communauté. En effet, un propriétaire pourrait retirer un petit montant de redevances, pendant les quelque cinq années que durerait l’exploitation rentable du puits. Mais ses voisins subiraient tous les inconvénients, comme le bruit, le passage de milliers de camions, la dévaluation de leurs propriétés et la possible contamination de l’air et de l’eau. Nous avons connu cette situation à Saint-Louis-de-Richelieu en 2007-2008 lorsque Gastem et Forest Oil ont fracturé un puits gazier en plein centre du village. D’autre part, le conseil municipal devrait payer pour réparer les routes endommagées par les passages répétés des camions de la gazière. Et après la fermeture du puits, c’est l’ensemble des Québécois qui devraient subir la pollution (et les coûts) des puits mal obturés. Présentement, des dizaines de vieux puits laissent du méthane s’échapper dans l’atmosphère, comme l’ont démontré l’AQLPA et CMAVI. C’est la même chose avec les mines. Selon le rapport du Vérificateur général de 2009, nous devrons débourser plus d’un milliard de dollars pour décontaminer les sites miniers orphelins.

M. Pouliot déplore qu’« Au Québec, on en est venu à légiférer et réglementer cette industrie par «consensus social» des «acteurs sociaux», qui, parfois, ne résident même pas dans les municipalités concernées. » À ce que je sache, les lobbyistes des multinationales n’habitent pas dans les municipalités concernées non plus! M. Pouliot oublierait-il que la démocratie « c’est le gouvernement du peuple, par le peuple, et pour le peuple ». Ou serait-ce le gouvernement des lobbyistes? Les intérêts des individus s’arrêtent là où le bien-être des autres est mis en péril. Ce conflit entre intérêts privés et intérêts communs est l’enjeu que soulève le texte de M. Pouliot alors que l’Assemblée Nationale examine le projet de loi 106, qui propose d’encadrer l’exploitation des énergies fossiles.

Le texte de M. Pouliot, chef du Parti conservateur du Québec, nous ramène au 19e siècle, au temps où la Loi sur les mines a été adoptée. Le dernier premier ministre conservateur au Québec, c’est Edmund James Flynn; cette espèce a disparu de l’Assemblée Nationale en 1897.

Voilà quelques années, je fus tellement surpris de voir la photo d’un candidat du Parti conservateur du Québec sur un poteau d’Hydro-Québec que j’ai failli faire une embardée avec ma voiture. En période électorale, découvrir un candidat de ce parti disparu de la carte politique du Québec depuis un siècle, c’est aussi surprenant que de voir un vélociraptor se promener devant ma voiture.

Selon le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), la majorité des énergies fossiles doivent demeurer dans le sol si nous ne voulons pas mettre en place les conditions qui enclencheraient la 6e grande extinction des espèces. Quant aux fossiles, on les retrouve généralement dans les strates profondes des roches sédimentaires… ou dans un musée. C’est dans un musée que les idées antédiluviennes de M. Pouliot doivent être sauvegardées!