Stéphane Laporte / La Presse :

Samedi matin, mon père met son chapeau :

« - Tu t’en vas où, papa ?

– Au garage.

– Attends-moi ! »

C’est un de mes tours d’auto préférés. Aller à la station-service au coin de Sherbrooke et Décarie. Je ne suis pas le seul. Cinq minutes plus tard, toute la famille Laporte est dans l’Impala. Mon grand frère est là, parce qu’il est encore plus passionné des voitures que moi, ma grande soeur, parce que ses deux frères sont là, et ma mère, parce que toute la famille est réunie et qu’elle aime ça quand nous sommes tous ensemble. (…)

Ériger des pipelines en 2016, c’est aussi dépassé que de n’avoir aucune femme dans son cabinet. Aussi dépassé que de fumer une clope dans le char, les vitres fermées avec trois enfants pas attachés assis en arrière.

Mon père ne savait pas que c’était pas bon. Quand il l’a su, il ne l’a plus fait. Quand il se baladait avec les filles de mon frère, elles étaient bien attachées, et il ne fumait pas. Nos gouvernements connaissent les risques énormes pour l’environnement que représentent tous ces projets de pipelines. Pourquoi s’obstinent-ils à les faire ? Pour l’économie.

Quand la santé de l’économie passe avant la santé des citoyens, c’est que la société est malade.

Justin Trudeau représentait un vent frais dans le paysage politique. Un vent frais ne sent pas le gaz. Comment le Canada parviendra-t-il à respecter ses engagements énergétiques s’il ne cesse d’augmenter sa production de pétrole ?

L’accord de Paris, ce n’est pas juste une photo Instagram. C’est un document. C’est un serment.

Au moins, Trump ne se positionne pas en défenseur de l’environnement. Il s’en torche. Comme les torches des puits de pétrole. Pour lui, tout ce qui compte, c’est le cash. En produisant plus de pétrole que les Canadiens en consomment, le Canada pense comme Trump. Sans l’assumer.

Aujourd’hui, les bons pères de famille n’emmènent pas leur famille mettre du gaz. Ils l’emmène marcher, courir, bouger. À vélo. Ou en canot.

Non à Trans Mountain. Non à Énergie Est.

Il faut vivre avec son temps avant de ne plus avoir le temps de vivre.

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Pas si fous, ces Gaulois!

Samuel Racine / Opinion, Le Devoir :

Il fut un temps où l’homme commettait les pires atrocités au nom de Dieu. Les croisades, les bûchers, les sacrifices, etc. Aujourd’hui, dans nos sociétés occidentales, la présence du fanatisme religieux s’est dissipée. À présent, il semble que le fanatisme religieux ait été remplacé par un certain fanatisme économique, une volonté de capital qui surpasse les plus simples droits de la personne. Une volonté de capital qui a désormais derrière elle la machine gouvernementale.

Le premier ministre a donné feu vert à deux nouveaux projets d’oléoducs, dont Kinder Morgan. La volonté des villes, du peuple, des Premières Nations n’a pas été entendue. C’est l’attrait d’un capital nouveau gagné par les taxes que le gouvernement pourra imposer sur cette hausse de 40 % de production de pétrole canadien. Rappelons-le, ce pétrole bitumineux qui pollue à outrance l’air et les cours d’eau, qui nécessite presque autant d’énergie pour l’extraire qu’il en produit au final.

Il faut rendre à César ce qui appartient à César : le lobby pétrolier est efficace. Il est sacrément efficace. Incomparable à notre classe politique. Le lobby pétrolier, lui, sait faire ce qu’il doit faire, et il le fait très bien. Il peut faire passer tous les projets qu’il désire faire passer, même si le peuple s’y oppose.

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Trudeau peut-il sortir indemne de la politique des pipelines?

Alec Castonguay / L’actualité :

Une chose est sure: dans le domaine de l’énergie et de l’environnement, le premier ministre fait mentir ceux qui lui reprochent de constamment tergiverser, consulter et repousser les choix difficiles à plus tard.

Depuis quelques années, les débats sur l’exploitation des ressources énergétiques et les pipelines ont remplacé la conversation nationale sur la place du Québec dans le Canada comme pomme de discorde par excellence au pays. Le pétrole et le gaz sont source de richesses, mais aussi de risques et de pollution, et ils sont inégalement répartis sur le territoire. Lorsqu’un gouvernement dit vouloir trouver un équilibre entre son exploitation, son exportation et la lutte aux changements climatiques, il s’attire autant de louanges que de critiques. Il y a une apparente contraction et l’enjeu est émotif. Sans compter que localement, les pipelines sont rarement populaires, ce qui revient, pour le gouvernement, à marcher dans un champ de mines.

De fait, la décision de Justin Trudeau d’approuver l’augmentation de la capacité du pipeline Trans Mountain de l’entreprise Kinder Morgan, d’accepter la réfection de la Canalisation 3 d’Enbridge et de refuser d’approuver le controversé pipeline Northern Gateway d’Enbridge est certainement la plus difficile depuis que le premier ministre a pris le pouvoir, et pourrait marquer durablement son mandat.

Je laisse aux environnementalistes et aux économistes le loisir de débattre des pour et des contre de cette décision. Voyons les répercussions politiques.

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