Josée Legault / Le Journal de Montréal :

Comme dirait Shakespeare, il y a quelque chose de pourri au royaume du pétrole d’Anticosti. Plus le temps passe, plus il s’en dégage une odeur politique qui ne sent pas tout à fait la rose. (…) Pour certains, le premier ministre manœuvre habilement pour se sortir, in extremis, du contrat signé en 2014 par le gouvernement Marois avec les compagnies Pétrolia, Corridor Resources et Maurel & Prom dans le but de «confirmer» le «potentiel» pétrolier et gazier de l’île d’Anticosti. Ce contrat prévoyait jusqu’à 115 millions de dollars en fonds publics pour financer la phase exploratoire. Pour ma part, ma propre hypothèse est celle-ci : le premier ministre manœuvre habilement, mais pour une autre raison stratégique. Fort probablement favorable au projet pancanadien et controversé de pipeline Énergie Est, M. Couillard gonfle les muscles contre Anticosti pour mieux faire passer éventuellement Énergie Est au sein de l’opinion publique. (…)

Anticosti_Annulation du contrat_Josee Legault_PF_

Par contre, lorsque le premier ministre se cache derrière ledit contrat pour jurer qu’il serait impossible à son gouvernement de le faire annuler sans qu’il n’en coûte trop cher au trésor public – ou encore, qu’une telle annulation enverrais un signal hautement négatif aux entreprises qui font affaire avec son gouvernement -, eh bien, là, cette justification est forte de café. Si le premier ministre est sincère lorsqu’il condamne à hauts cris la fracturation hydraulique, rien ne l’empêche d’ordonner la résiliation du contrat. Avec pénalités, s’il en faut. Si le premier ministre est sincère lorsqu’il jure que «jamais le délabrement de L’Île-d’Anticosti ne portera» sa signature et que «jamais l’agression sauvage d’un milieu naturel comme l’Anticosti ne portera» sa signature, le seul geste conséquent avec une telle position est la résiliation du contrat. Point. Lorsqu’on a les deux mains sur le volant du pouvoir, des déclarations aussi fortes et sans le moindre équivoque commandent des gestes conséquents.

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