Marc Durand, Docteur et ingénieur en géologie appliquée et géotechnique/ Rochemere.blogspot.ca :

Après être arrivé à deux jours du délai limite pour répondre à la demande préparée par le maire d’Anticosti John Pinault, le gouvernement donne aujourd’hui le 25 janvier 2017 son appui à ce dossier.

Qu’est-ce que cela signifiera concrètement? L’arrêt définitif des forages d’exploration sur l’île? L’arrêt momentané d’ici à ce que l’UNESCO se prononce?

Le dépôt de la candidature ne signifie pas un classement automatique; l’UNESCO ne se prononcera pas avant des mois. Le gouvernement du Québec peut trouver là une autre façon de se donner une autre fois encore du temps avant de se résoudre à se “brancher” de façon définitive dans ce dossier. Même pour les détenteurs des droits pétroliers sur Anticosti, un délai n’est pas négatif; cela permet d’entretenir la fiction du gisement encore un peu. Il est certainement préférable pour les spéculateurs de ne pas devoir clore l’aventure trop tôt; mieux vaut faire durer la valeur fictive des permis pour la meilleure possibilité de négocier un dédommagement.

Les derniers forages (cinq en 2014 et sept en 2015) ont donné des résultats qui traduits en termes concrets de pétrole exploitable, confirment une absence totale de rentabilité, même avec une remontée fulgurante du prix du pétrole. L’admettre publiquement signifierait la fin abrupte du projet et cela réduirait aussi à zéro la valeur des permis détenus. Un nouveau report prolonge artificiellement l’illusion: un peu comme une personne cliniquement morte, mais gardée artificiellement sous un état latent de vie apparente.

Pour le gouvernement, les facteurs déterminants sont avant tout d’ordre politique: entre le OUI et le NON à un appui pour cette candidature d’Anticosti, quelle est la décision qui rapportera le plus politiquement. C’est un OUI certainement. Mais on se garde de plus une option: en soumettant simultanément le fiord du Saguenay comme candidat, on conserve tout le bénéfice politique de l’appui à Anticosti, tout en gardant la possibilité que ce soit plutôt le fiord qui au final soit retenu. Le gouvernement sait qu’il y a bien des chances que la candidature d’Anticosti passe en 2e à l’UNESCO, car celle du fiord a un mérite certain et cette candidature attend depuis bien plus longtemps. Plutôt que de décider eux-mêmes de préserver Anticosti, les ministres ont trouvé une porte de sortie idéale: ils vont laisser l’UNESCO rendre ce verdict. Si jamais l’UNESCO ne classe pas Anticosti au patrimoine mondial comme c’est possible, alors le gouvernement pourra utiliser cette décision pour se dédouaner et reprendre les forages. Une pierre deux coups: un appui pour la forme à Anticosti + la poursuite des forages une fois la décision rendue.

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