Communiqué de Nature Québec :

Québec, le 15 février 2017 – L’étude d’impact environnemental (ÉIE) déposée par le Port de Québec dans le cadre de son projet Beauport 2020 sous-estime systématiquement les impacts du projet sur les milieux naturels, selon un mémoire produit par  Nature Québec. Elle contredit même les conclusions de ses propres experts en qualifiant de « moyenne » la qualité de cet habitat qui remplit pourtant toutes les conditions pour être reconnu comme refuge faunique.

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L’organisme appelé à se prononcer sur le projet dans le cadre du processus de l’Agence canadienne d’évaluation environnementale (ACEE) dénonce le peu d’attention accoré par l’Administration portuaire de Québec (APQ) aux impacts de Beauport 2020 sur la connectivité des écosystèmes du Saint-Laurent.  Selon Nature Québec, l’ÉIE du port de Québec morcèle les milieux étudiés et surestime l’efficacité des mesures de compensation proposées, par ailleurs peu détaillées.

Des impacts qui dépassent largement la zone de chantier

Au-delà de l’aménagement d’un quai multifonctionnel qui nécessitera le remblaiement de 17,9 hectares à même le fleuve Saint-Laurent, Nature Québec indique que les impacts- souvent cumulatifs- du projet Beauport 2020 iront bien au-delà de la zone étudiée dans l’ÉIE et de la phase de construction du projet.

Ainsi, Beauport 2020 occasionnerait la perte et la perturbation de près de 39 hectares d’habitats fauniques essentiels à plusieurs espèces vulnérables et pourrait avoir des effets en aval sur une partie importante du Saint-Laurent.

« C’est l’équivalent de 72 terrains de football de milieux naturels perdus ou modifiés, c’est énorme! », indique Guy Trencia, expert sénior des écosystèmes aquatiques qui a contribué au mémoire. « Ce projet aura des impacts négatifs permanents sur le fonctionnement d’un écosystème estuarien d’une richesse exceptionnelle et sur de nombreuses espèces, notamment l’alose savoureuse, l’esturgeon jaune, le bar rayé. »

Par ailleurs, le mémoire de Nature Québec indique que  l’ÉIE du Port de Québec évacue une bonne partie des impacts et des risques environnementaux associés à la phase d’exploitation de son projet. De fait, si les activités de transbordement de matières dangereuses sont appelées à augmenter une fois le quai multifonctionnel construit, l’APQ estime qu’aucun risque de contamination supplémentaire lié au transbordement de produit minier ou pétrolier ne sera ajouté à l’exploitation future.

Des mesures de compensation imparfaites et exagérées

L’ÉIE du Port de Québec reconnaît que, parmi les différents sites évalués pour son projet, celui de la Baie de Beauport a le plus fort impact environnemental potentiel. Néanmoins, Nature Québec estime que cette donnée se retrouve ensuite banalisée et faussement compensée par des mesures présentées comme autant de solutions miracles.

Ainsi, Nature Québec questionne fortement l’efficacité des mesures de compensation proposées par le Port qui ne peuvent compenser la perte connectivité des habitats et les empiétements cumulatifs sur un écosystème et ne font souvent que palier à la destruction d’autres mesures de compensation de projets passés.

« L’étude d’impact du Port nous propose des mesures de compensation gonflées aux stéroïdes, sans indicateur de rendement, ni ressources financières allouées à leur création et leur entretien », indique Christian Simard, directeur de Nature Québec. « Ça paraît très bien sur papier pour le Port qui veut montrer qu’il peut minimiser les impacts de son projet, mais concrètement on n’a aucune garantie que ça va fonctionner et que les mesures de compensation ne seront pas détruites par un autre projet du Port dans 10 ans ».

À cet effet, le mémoire de Nature Québec indique que le projet Beauport 2020 empiétera sur 460 m2 d’habitat de compensation pour le poisson réalisé dans le cadre des travaux aux quais 49 et 103. Également, l’aire de nidification des hirondelles de rivage qui a été aménagée en 2015 en compensation devra être détruite, puis réaménagée dans un autre endroit à quatre reprises pendant la période de construction de Beauport 2020, mettant chaque fois en danger cette population menacée en cas de délais ou d’erreur sur le chantier.

Données manquantes dans l’ÉIE

En outre, Nature Québec rappelle que plusieurs informations touchant notamment à la présence d’espèces dans les inventaires, ainsi qu’à l’évaluation et la gestion des sédiments contaminés sont défaillantes ou manquantes dans l’ÉIE du port de Québec.

De même, aucune évaluation de la valeur économique de l’écosystème de la Baie de Beauport n’a été réalisée par le Port de Québec jusqu’à présent.

« Le Port de Québec vante les retombées du projet Beauport 2020, sans jamais parler des coûts qu’il entraînera. Ces coûts sont humains et environnementaux. Les gouvernements du Québec et du Canada ont investi plus de 716 millions de dollars via le Plan d’action Saint-Laurent dans les dernières années pour restaurer les milieux naturels du fleuve. Il faudrait en tenir compte lorsqu’on propose un projet aux impacts majeurs sur le Saint-Laurent », conclut M.Simard.

Dans les prochains jours, Nature Québec entend dévoiler plusieurs parties de son mémoire déposé à l’ACEE, ainsi que des expertises connexes qui ont servi à sa réalisation.

Nature Québec continuera en outre de participer à l’actuel processus d’évaluation du projet sous l’ACEE, bien que l’organisme estime que Beauport 2020 devrait minimalement faire l’objet d’une évaluation fédérale-­provinciale conjointe.