Marie-Sophie Banville – Détentrice d’une maîtrise en urbanisme de l’Université de Montréal. Elle s’intéresse à l’éthique dans les professions de l’aménagement, veut agir pour des villes plus justes et combat la spéculation immobilière chez Vivacité–Société immobilière solidaire / Opinion, Le Devoir : 

L’urbain averti a certainement, au cours des dernières années, expérimenté une forme d’urbanisme ou d’architecture « tactique ». Il a bu une bière dans un conteneur maritime, s’est assis sur un siège en bois de palette, a cadenassé son vélo à un arbre orné de laine. Pour les usagers, ces espaces sont des générateurs de joie urbaine et, parfois, des endroits d’échanges et de rencontres. Pour les producteurs — architectes, designers et urbanistes —, ils sont des laboratoires permettant de tester de nouvelles idées et de révéler de nouveaux territoires sans la lourdeur administrative qui accompagne les grands projets urbains. En filigrane de ces projets, on trouve souvent une réflexion sur le partage et l’usage de l’espace public et une revendication du droit de s’approprier la cité. Malheureusement, une intention critique et contestataire n’est pas à l’abri d’une récupération par des villes soumises à des impératifs de compétitivité mondiale. Pour être davantage qu’un outil destiné à la classe créative et résister, même de façon modeste, à son intégration dans une conception néolibérale de l’espace urbain, l’urbanisme tactique devrait prendre conscience des limites de ses principes les plus récurrents.

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