Gérard Montpetit / Membre comité Non Schiste La Présentation :

7 avril 2016 – Tout comme le reste du Canada, le Québec veut une économie diversifiée axée sur le plein emploi, l’utilisation de ses ressources naturelles et le savoir. Ne perdons pas de vue qu’Énergie Est est plus qu’un simple tuyau; c’est le prolongement logique de la politique industrielle des dix dernières années. C’est une infrastructure politico-économique qui infléchira la direction de notre économie pour les prochaines décennies.

Malheureusement depuis dix ans, la politique économique du Canada s’est uniquement contentée d’exporter une ressource naturelle sans raffinage et surtout sans aucune valeur ajoutée. Tant que le prix du baril de pétrole était coté à plus de 80$ en bourse, c’était de l’argent facile! Cela a gonflé le dollar canadien aux stéroïdes. Un dollar canadien ayant la parité avec le « US greenback » a rendu nos produits manufacturés non compétitifs chez notre plus important partenaire commercial, les États-Unis.

Cette politique archaïque a eu un effet dévastateur sur notre secteur manufacturier, tant au Québec qu’en Ontario. Des dizaines de milliers d’emplois ont été perdus. C’est tellement vrai que la très riche Ontario a dû recevoir de la péréquation pour la première fois de son histoire. D’ailleurs, avec la chute du prix du pétrole, le gouvernement Harper a été contraint de parler de «récession» durant la campagne électorale de 2015.

Pas besoin d’être un économiste pour comprendre la nécessité d’exploiter nos ressources naturelles en y fournissant une valeur ajoutée. Qu’est-ce qui est le plus payant? Vendre du minerai de fer à « une cenne la tonne » comme au temps de Duplessis ou vendre un produit fini comme un fer angle de 2 X 2 X ¼ po X 20 pi à 38,24 $? Comme le poids de ce fer angle est de 64 lb, c’est vendre notre fer à 1,67 $ la livre au lieu d’un cent la tonne. De même, exporter du « dilbit » brut, sans raffinage, c’est exploiter une ressource naturelle comme au temps du Canada-Unis de 1840. À ce moment-là, nous exploitions une autre ressource naturelle, le bois. Des « cages » de billes de bois descendaient l’Outaouais pour être chargées sur des bateaux. Transformer les billes en planches et madriers était réservé pour l’économie et les travailleurs de l’Angleterre. Nous n’étions pas une économie; nous étions une colonie au service de la métropole anglaise!

En construisant Énergie Est, le Québec – et le Canada – s’encarcanent dans une économie du 19e siècle où nous vendons la ressource naturelle pour le bénéfice de pays étrangers. Même en tentant d’ignorer les problèmes écologiques, la richesse sera créée « ailleurs ». C’est accepter que nous devenions une « company town »; une de ces petites municipalités mono-industrielles dont le sort est lié aux fluctuations des prix sur les marchés internationaux. Construire Énergie Est, c’est accepter que le Québec ainsi que le Canada deviennent un tel dinosaure économique.

En ce début du 21e siècle, est-ce qu’une nation industrialisée du G8 devrait avoir une économie diversifiée et axée sur le savoir? Ou accepterons-nous de re-devenir une « company town », un dinosaure économique qui est à la merci des fluctuations des prix des marchés internationaux? Même l’Arabie Saoudite veut diversifier son économie pour ne plus dépendre du pétrole. Alors pourquoi le Canada voudrait-il revenir à une économie mono-industrielle du 19e siècle?

Et puis, Énergie Est n’exportera pas seulement notre pétrole brut. Il exportera également tous les GES qui sont liés à son raffinage et à sa combustion. Impossible de respecter nos engagements à la Conférence de Paris sans exporter également nos GES.

To be or not to be! That is the question! (Hamlet, Shakespeare) Saurons-nous nous adapter à l’économie du 21e siècle et à sa révolution technologique? Encore plus important, saurons-nous faire le nécessaire pour éviter les changements climatiques désastreux?

Les dinosaures, qui n’ont pas su s’adapter à la réalité, ont disparu! C’est la loi de Darwin. Refuser Énergie Est, c’est s’adapter à la nouvelle réalité!