Gilbert Lavoie / Le Soleil :

(Québec) CHRONIQUE / Les dirigeants de TransCanada devraient remercier les manifestants qui ont forcé le report des audiences de l’Office national de l’énergie (ONE) à Montréal. Parce que le témoignage que devait y livrer le maire Denis Coderre était dévastateur pour le projet Énergie Est. «Je n’ai pas de problème de confiance avec l’Office national de l’énergie, j’ai signé une entente avec eux comme président de la Communauté métropolitaine de Montréal, a déclaré M. Coderre en entrevue au Soleil. Je ne suis pas dogmatique, on a approuvé Enbridge. Mais il y avait des conditions à remplir. Or voilà qu’on apprend que TransCanada n’a même pas rempli 78 % des conditions de l’ONE. Alors pourquoi tu fais des audiences? Assure-toi d’abord qu’ils fassent leur job.» Denis Coderre estime que l’audience d’hier matin de l’ONE était compromise à l’avance : «Je le savais que l’éléphant dans la salle, c’était la question de M. Charest», a-t-il expliqué, en rappelant la rencontre privée de deux commissaires avec l’ancien premier ministre, qui avait fait du lobby pour TransCanada. (…)

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CE DISCOURS QUI N’A PAS ÉTÉ LIVRÉ

Le maire Denis Coderre avait 15 pages de notes en vue de l’allocution qu’il devait prononcer devant l’ONE. Il a bien voulu m’en envoyer une copie. En voici trois extraits qui donnent un aperçu des arguments qu’il fera valoir s’il a l’occasion de se faire entendre devant l’organisme. «Le tracé proposé par TransCanada rencontrerait sur sa route dans l’île de Montréal un secteur qui est déjà saturé en matière de transport d’énergie, ce qui crée une pression supplémentaire sur le territoire dans une zone qui est densément peuplée. […] En cas d’accident majeur, il serait impossible d’effectuer une évacuation sécuritaire dans ce secteur de la ville.» «Le projet Énergie Est ne cadre pas avec la stratégie économique du Grand Montréal qui mise sur des secteurs économiques à savoir élevé, généralement peu affectés par les fluctuations de l’offre et de la demande des produits pétroliers.» «Lors du sommet [de Paris], la Ville de Montréal et des élus locaux et régionaux des cinq continents ont endossé une déclaration qui nous engage collectivement à réduire de 3,7 gigatonnes les émissions annuelles de gaz à effet de serre d’ici 2030 et à soutenir la transition vers une énergie 100 % renouvelable sur nos territoires d’ici à 2050. Notre engagement envers l’environnement est sérieux. Nous ne pouvons pas soutenir un projet comme l’Oléoduc Énergie Est qui va à l’encontre non seulement du développement durable du Grand Montréal, mais aussi de nos engagements avec nos partenaires internationaux.»

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Un dur mois d’août pour TransCanada

Énergie Est: une évaluation gâchée

Brigitte Breton / La Presse :

(Québec) ÉDITORIAL / Le gouvernement Trudeau s’est contenté en janvier d’une «réformette» de l’Office national de l’énergie afin, disait-il, de préserver la confiance des investisseurs et de ne pas suspendre les évaluations déjà entamées. Si, par ailleurs, la confiance de bon nombre de citoyens et d’élus municipaux à l’égard de l’Office demeure défaillante, la réalisation de projets comme celui d’Énergie Est ne sera pas davantage facilitée. Bien au contraire. Aussi longtemps qu’un coup de barre ne sera pas donné à l’Office national de l’énergie (ONE) et que les deux commissaires contestés resteront au dossier d’Énergie Est, des manifestations et des désordres comme ceux qui se sont produits hier à Montréal et qui ont mené à la suspension des audiences portant sur le projet de pipeline de TransCanada risquent malheureusement de se répéter. Dans ce dossier et dans d’autres qui suivront. C’est contreproductif et décevant pour tout le monde.

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Un consensus, pas l’unanimité

Pierre Jury / Le Droit :

Il est vrai que l’ONÉ, pas plus que la société TransCanada qui envisage la construction du pipeline, ne s’aide pas. Ils fonctionnent comme si le gouvernement de Stephen Harper était encore aux commandes. Les conservateurs faisaient peu de cas des objections environnementales ou du principe d’acceptabilité sociale. Ça n’a d’ailleurs guère servi puisqu’aucune infrastructure n’a été construite en neuf années de régime conservateur. Depuis des mois, l’impasse subsiste. Le silence officiel du premier ministre libéral Justin Trudeau laisse place à diverses interprétations.  D’un côté, il aimerait bien que cet oléoduc se concrétise. Cela stimulerait l’économie de l’Ouest canadien, qui en a bien besoin, et ça l’aiderait politiquement dans ce coin du pays. Mais on sent qu’il voudrait que cela se fasse à la condition que toutes les parties impliquées dialoguent et y consentent. L’unanimité n’arrivera pas, les verts s’y opposeront toujours, mais un consensus suffisamment large pourrait se dégager. Pour cela, il faut que TransCanada cesse de se comporter en taupin et participe avec ouverture et respect au processus d’examen environnemental nécessaire à la construction d’un oléoduc sur des terres sensibles. Il faut aussi que l’Office national de l’énergie se comporte avec l’impartialité attendue de l’instance quasi judiciaire qu’elle est. Ce n’est pas avec des décideurs affiliés à l’industrie pétrolière, ni en tenant des rencontres privées avec ses lobbyistes (Jean Charest, pour ne pas le nommer) que les avis de l’ONÉ seront pris au sérieux et respectés. Les choses semblent bien mal parties. Peut-être bien qu’une réforme complète de l’Office national de l’énergie sera essentielle pour cette première étape, ainsi qu’un ménage dans l’esprit des décideurs de TransCanada…

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Qu’attend TransCanada pour lancer la serviette?

Serge Lévesque, Membre de Comité vigilance hydrocarbures de Trois-Rivières / Opinion, Le Nouvelliste :

Depuis l’annonce de son projet d’oléoduc Énergie Est en avril 2013, les mauvaises nouvelles s’accumulent pour TransCanada, faisant l’objet de critiques acerbes tant de la part des groupes environnementaux que des plus de cent municipalités québécoises qui s’y opposent. En 2013, le baril de pétrole se négociait à plus de 100 $ et les perspectives à long terme laissaient penser qu’il en serait ainsi pour quelques décennies. Les projets d’extraction de pétrole des sables bitumineux avaient le vent dans les voiles et il était devenu essentiel de trouver une voie de sortie pour exporter ce pétrole bitumineux afin d’assurer la poursuite du développement de sa production. Aujourd’hui, le pétrole se transige autour de 50 $ le baril et le coût de production d’un baril de pétrole des sables bitumineux tourne autour de 75 $. Selon plusieurs experts, le prix du baril de pétrole demeurera bas pour une très longue période en raison des surplus de production, l’Arabie Saoudite et d’autres grands producteurs ayant compris qu’il valait mieux vendre leur pétrole à bas prix plutôt que de ne pas le vendre à 100 $ le baril. Le retour de l’Iran sur le marché ne fait qu’envenimer les choses.

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