Paul Journet / La Presse :

Les audiences de l’Office national de l’énergie (ONE) sur le projet Énergie Est ne peuvent plus continuer ainsi. Pour rétablir la confiance du public, les deux commissaires critiqués doivent céder leur siège. Et ils doivent demander à la Cour d’appel fédérale d’examiner les requêtes qui pendent au-dessus de leur tête. L’ONE est un organisme indépendant qui détient des pouvoirs quasi judiciaires. À l’image des juges, ses commissaires doivent garantir l’apparence d’impartialité, et ne peuvent discuter d’un dossier en privé. Or, en janvier dernier, deux des trois commissaires des audiences sur Énergie Est (Jacques Gauthier et Lyne Mercier) ont participé à des rencontres confidentielles avec des groupes intéressés par le mégaprojet de 15,7 milliards. Ils ont notamment sollicité une rencontre avec Jean Charest, ex-conseiller stratégique du promoteur de l’oléoduc, TransCanada. C’était la première erreur. La deuxième, ce fut de garder l’entretien secret. Et la troisième fut de ne pas dire la vérité sur le contenu. Quand le National Observer a dévoilé la rencontre en juillet dernier, l’ONE a prétendu que le dossier d’Énergie Est n’avait pas été abordé. Or, c’était faux. L’oléoduc a fait partie des conversations – c’était même un des buts de la rencontre, selon un courriel envoyé par l’ONE au bureau de M. Charest. L’ONE affirme qu’il s’agit d’une erreur de bonne foi. Si c’est vrai, il n’en demeure pas moins que pendant un mois, les commissaires ont laissé circuler cette fausse information.

Voilà pourquoi deux groupes ont déposé une requête pour que les commissaires se récusent. Les parties intéressées ont jusqu’au 7 septembre pour commenter la requête avant son examen. Cela mène à la situation actuelle, absurde et intenable : les commissaires mènent les audiences sur Énergie Est tout en gérant eux-mêmes en parallèle le débat sur leur éthique. Le grabuge de manifestants hier est donc plus le symptôme que la cause du problème. Pour le régler, l’ONE doit trouver deux nouveaux commissaires bilingues. C’est autant dans l’intérêt des opposants que des promoteurs d’Énergie Est. Car tant que l’indépendance de l’ONE sera remise en question, l’acceptabilité sociale restera impossible.

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Audiences suspendues sur Énergie Est : un processus qui a du plomb dans l’aile

Étienne Leblanc / ICI Radio-Canada :

L’Office national de l’énergie (ONE) a été forcé de suspendre ses audiences publiques sur le controversé projet de pipeline Énergie Est lundi matin. Les manifestants, ainsi que le départ précipité du maire de Montréal, Denis Coderre, auront eu raison de cette première séance. L’ONE aura fort à faire pour retrouver la confiance du public dans ce processus de consultation qui démarre sur les chapeaux de roue. C’est peut-être Denis Coderre qui a le mieux décrit la crise de confiance du public par rapport au processus de consultation de l’Office national de l’énergie sur le projet Énergie Est. La semaine dernière, quand il a demandé le report des audiences après avoir appris que deux des trois commissaires avaient rencontré en secret un consultant de TransCanada – l’ancien premier ministre du Québec Jean Charest –, M. Coderre a déploré le fait qu’il y avait un problème de perception sur la transparence du processus, puis a déclaré ceci : « Lundi, l’éléphant dans la pièce, ça va être la question : « Est-ce que ces gens-là sont aptes à être des commissaires? » » Le lundi venu, après avoir annoncé qu’il suspendait sa participation aux audiences et qualifié l’événement de « cirque », il a bouclé la boucle : « Aujourd’hui, l’éléphant vient de sortir de la salle. Il fallait s’assurer qu’on puisse répondre à ce problème de perception. »

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