Annie Morin / Le Soleil :

(Québec) L’idée d’un pont-jetée pour relier à plus faible coût l’île d’Orléans à la rive nord passe difficilement la rampe d’un point de vue environnemental.

Depuis plusieurs mois, l’ingénieur consultant Jacques Huot roule sa proposition d’investir 3 milliards $ dans un pont-jetée et un tunnel se rejoignant à l’île d’Orléans pour économiser sur la facture d’un troisième lien routier entre Québec et Lévis.

L’ingénieur mécanique, qui a travaillé sur de gros projets industriels au Québec et ailleurs dans le monde, a élaboré ce scénario sans mandat, par conviction personnelle. Il a convaincu le maire de Lévis, Gilles Lehouillier, et le député fédéral Steven Blaney de sa valeur. Ce dernier lui a d’ailleurs demandé d’en faire la présentation lors d’une consultation d’un soir annoncée pour le 15 février au Centre de congrès et d’expositions de Lévis. Or, l’option d’une jetée ou d’un pont-jetée a déjà été formellement rejetée par le ministère des Transports du Québec (MTQ) lors des études ayant mené au choix d’un pont à haubans pour l’île d’Orléans.

Mais de quoi parle-t-on au juste? La jetée est un enrochement reposant directement au fond d’un cours d’eau, sur lequel peut être aménagée une route. La digue peut être étanche ou percée de tuyaux pour faire circuler l’eau en dessous. Le pont-jetée, lui, offre davantage d’ouvertures pour faire passer l’eau et parfois même les bateaux. Il est souvent assis sur des piliers très rapprochés et suit de près la ligne d’eau. C’est l’option privilégiée maintenant par l’ingénieur Huot.

Or, cet aménagement aurait pour effet de modifier considérablement le courant dans le chenal nord du fleuve, voire de créer une zone d’eaux stagnantes. Des impacts seraient donc inévitables sur les poissons, la faune profitant des nombreux milieux humides ainsi que la flore particulière des rivages. La redirection de l’eau vers le chenal sud – les marées n’arrêteront pas! – pourrait aussi y perturber l’équilibre et même la navigation des gros bateaux. (…)

Pour Alexandre Turgeon, directeur général du Conseil régional de l’environnement (CRE) de la Capitale-Nationale, le pont-jetée est un projet qu’il n’hésite pas à qualifier de «ridicule». Non seulement il affecterait la navigation et le potentiel récréotouristique de l’île d’Orléans et ses abords, mais le paysage serait transformé de façon permanente.

L’occlusion même partielle du chenal nord de l’île d’Orléans aurait également un impact sur la qualité de l’eau du fleuve, souligne le CRE. Moins de brassage égale plus de matières en suspension. Les effets pourraient se faire sentir jusqu’à la baie de Beauport, où la baignade est possible depuis l’été dernier.

«Quelle économie! On va scrapper le chenal nord et on va se ramasser avec une facture quand même très élevée pour une infrastructure [un troisième lien] dont on n’a pas besoin», dénonce M. Turgeon.

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