Vincent Marissal / La Presse :

Dès aujourd’hui à Saint John, au Nouveau-Brunswick, des citoyens et des groupes pourront poser des questions et faire connaître leurs inquiétudes par rapport au projet d’oléoduc Énergie Est, mais à la lumière de nouvelles révélations troublantes, on peut sincèrement se demander si le processus de consultation n’est pas vicié. Une chose est certaine : l’Office national de l’énergie (ONE), l’organisme chargé de mener les consultations et de faire, au terme de celles-ci, les recommandations au gouvernement Trudeau, souffre, dès le premier jour des audiences, d’un déficit de crédibilité patent. Après avoir publiquement démenti tout contact entre ses membres et Jean Charest, ex-premier ministre du Québec engagé pendant quelques mois l’an dernier comme consultant par TransCanada, l’ONE a dû s’excuser, la semaine dernière, d’avoir fourni de fausses informations à ce sujet. C’est le National Observer qui nous l’a appris la semaine dernière, après avoir obtenu la preuve d’une rencontre entre les bonzes de l’ONE et Jean Charest à son bureau du cabinet d’avocats McCarthy Tétrault en janvier 2016. (…)

Et à supposer que le patron de l’ONE et ses commissaires n’étaient pas au courant des liens d’affaires entre M. Charest et TransCanada (une information pourtant publique à l’époque), on peut présumer que l’ancien premier ministre les aurait mis au courant, non ? Jean Charest a déjà perdu son poste de ministre dans le gouvernement Mulroney pour avoir passé un petit coup de fil de courtoisie à un juge dans un dossier de dopage sportif et il travaille dans un des plus grands cabinets d’avocats du Canada, il est donc certainement au courant des précautions à prendre pour éviter de se retrouver en fâcheuse position. (…)

Tout cela fait planer un gros doute sur l’intégrité du processus de consultation qui se met en branle ce matin au Nouveau-Brunswick, point d’arrivée du pipeline Énergie Est, qui transporterait 1,1 million de barils de pétrole par jour depuis l’Alberta, en passant par la Saskatchewan, le Manitoba, l’Ontario et le Québec. (…)

Les gouvernements, dont celui de M. Trudeau, insistent beaucoup ces années-ci sur le principe d’acceptabilité sociale d’un projet comme Énergie Est. Mais il y a plus. L’acceptabilité éthique, ce principe essentiel à des consultations propres et transparentes, est tout aussi importante et à ce chapitre, l’Office national de l’énergie vient d’échouer à un premier test.

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