Pierre Prud’homme / RVHQ :

Le mois de mars qui vient de se terminer s’est avéré riche en événements, nous interpellant sur les choix de dorures avec lesquelles nous voulons orner nos vies.

Dans son blogue du 24 mars dernier, M. Youri Chassin, de l’Institut économique de Montréal, nous apprend que, selon une étude d’AppEco, l’industrie pétrolière emploierait au Québec 51 000 personnes dans la production d’essence, de pneus, de textiles, de plastiques, de médicaments ou de produits de beauté, etc., pour une valeur économique de 981 millions $. Et l’auteur de conclure : « Tout n’est pas noir lorsqu’il s’agit de l’or noir. Il y a le mot « or » aussi. »

Mais de quel « or » parle-t-il, lorsqu’au sommet panaméricain organisé sous l’égide de l’ONU à Montréal au début du mois, devant près d’un millier de délégués de 35 pays des Amériques, M. Robert Glasser, représentant spécial du secrétaire général de l’ONU pour la prévention des risques de catastrophes, s’est exclamé : « Les États ne travaillent pas assez fort pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Ils doivent agir très rapidement. »?

S’adressant notamment au gouvernement canadien, le haut responsable de l’ONU a rappelé l’insuffisance des engagements de la communauté internationale et plaidé pour l’urgence d’une réduction de la production pétrolière pour éviter la multiplication accélérée des extrêmes climatiques avec ses conséquences catastrophiques en coûts humains et économiques.

Et de quel « or » parle-t-on, quand une étude sur le déversement de pétrole en Saskatchewan, le 21 juillet 2016, présentée au Forum Americana par M. Guy Coderre, enseignant au Centre national de formation en traitement de l’eau, nous apprend qu’une fissure dans un oléoduc situé à 300 mètres de la rivière Saskatchewan Nord a déversé dans celle-ci plus de 200 000 litres de pétrole. Un jour plus tard, la ville de North Battleford, 120 km en aval, a dû fermer sa prise d’eau. Et quatre jours plus tard, c’était au tour de Prince Albert (35 000 habitants, située 390 km de l’incident) et de Melfort (10 000 habitants, 500 km en aval). Quatorze jours après le déversement, le gouvernement de la province confirmait la pollution jusqu’à 500 km en aval.

S’il fallait transposer un tel scénario à Énergie Est, dont le tracé traverse la rivière des Outaouais et le fleuve Saint-Laurent, en plus de centaines d’autres cours d’eau sujets aux glissements de terrain, quel serait l’impact d’un déversement? Alors même qu’on sait que, par rapport au pétrole lourd et conventionnel, le bitume dilué est plus difficile à récupérer, ce qui favorise sa suspension permanente dans la colonne d’eau? Comment rétablirait-on le service pour les 4 millions de citoyens qui tirent leur eau potable de ces bassins versants quand on sait que les stations d’épuration ne sont pas en mesure de traiter les hydrocarbures?

L’eau est essentielle à la vie et, jusqu’à nouvel ordre, le pétrole ne se boit pas! Protégeons l’or bleu comme la prunelle de nos yeux, procédons à la transition vers les énergies renouvelables, qui créent plus d’emplois que le secteur des énergies fossiles, et refusons de présenter encore le pétrole comme de l’« or » noir, alors qu’il s’apparente plutôt à un métal toxique qui dérègle le climat, pollue nos rivières et « plombe » le présent et l’avenir de nos enfants et petits-enfants.