Isabelle Hachey / La Presse :

Automne 2015. Alors que le gouvernement travaille à un plan de protection de l’habitat du caribou forestier, une espèce menacée au Québec, l’Institut économique de Montréal (IEDM) diffuse un court documentaire entièrement favorable à l’industrie. Produits forestiers Résolu – dont les territoires de coupes risquent d’être touchés par ce plan – occupe une large place dans ce documentaire d’une dizaine de minutes, tourné à Baie-Comeau. Sur les 11 personnes qui apparaissent dans le documentaire, 6 sont des employés de Résolu, mais seulement 2 sont clairement identifiés comme tels. D’autres ont été contactés par Résolu, et non par l’IEDM, pour participer au tournage. Aucun des intervenants n’a de bons mots pour un éventuel plan de sauvegarde du caribou.

« Les environnementalistes sont à la veille de protéger la tordeuse d’épinette ! »

– Un travailleur de la scierie dans le documentaire de l’IEDM

Le clou du documentaire est une sortie de 200 km en hélicoptère – un survol de la forêt boréale commenté par le directeur de la foresterie de Résolu sur la Côte-Nord. Là-bas, louer un hélicoptère coûte 1200 $ de l’heure. Dans ce cas-ci, toutefois, l’appareil utilisé appartient à Résolu, qui a entièrement assumé les frais de cette sortie. Cette information n’est toutefois révélée nulle part dans le documentaire. Pas plus que le fait que Résolu, en tant que membre donateur de l’IEDM, lui verse des milliers de dollars chaque année, selon ce qu’a pu apprendre La Presse.

Lire sur La Presse

L’avis d’experts

1. L’or noir d’Anticosti

La thèse de l’IEDM

Le Québec est assis sur l’or noir et serait fou de ne pas en profiter. C’est ce que défend depuis longtemps l’IEDM. Dans une note économique publiée le 26 avril 2012, l’IDEM estime ainsi la valeur des ressources pétrolières de l’île d’Anticosti à 400 milliards de dollars. Le document se base sur les évaluations des deux sociétés présentes à Anticosti, Pétrolia et Junex, selon lesquelles il y aurait 40 milliards de barils de pétrole de schiste dans l’île. « À 100 $ le baril (probablement un chiffre prudent pour le prix du pétrole à long terme) et en présumant que seulement un dixième de ces réserves est récupérable, on parle donc d’une ressource valant la somme extraordinaire de 400 milliards de dollars », explique-t-on dans la note économique, qui conclut que le Québec a avantage à développer son industrie pétrolière.

L’avis d’expert

La prémisse est incorrecte, ce qui fausse l’analyse, juge l’ingénieur en géologie Marc Durand, ancien professeur au département des sciences de la Terre et de l’atmosphère de l’UQAM. « Le taux d’extraction est complètement irréaliste, estime-t-il. Cela témoigne du côté très superficiel de cette analyse et d’une méconnaissance du dossier du pétrole de schiste. » M. Durand explique qu’un taux d’extraction de 10 % s’applique à des gisements conventionnels, où le pétrole est concentré. Mais quand le pétrole est disséminé et doit être exploité par fracturation hydraulique, comme à Anticosti, on ne peut guère espérer mieux qu’un taux d’extraction de 1 %. La valeur brute du gisement serait donc 10 fois moindre : 40 milliards de dollars.

Lire sur La Presse