Jean-Robert Sansfaçon / Le Devoir :

Depuis 10 jours, les résidants de Prince Albert ne sont plus approvisionnés en eau de la rivière Saskatchewan Nord à cause d’une fuite de pétrole survenue cinq jours plus tôt à quelque 300 kilomètres de là. Les oléoducs sont sûrs, certes, du moins jusqu’au jour où un bris laisse échapper des centaines de milliers de litres de pétrole sous pression en quelques heures. On évalue à 70 000 le nombre d’habitants de North Battleford, de Prince Albert et des environs qui sont touchés par la fuite de quelque 250 000 litres (l’équivalent de deux wagons-citernes) de pétrole brut dilué qui ont fui d’un pipeline de Husky Oil, le 20 juillet dernier. (…)

Jusqu’à maintenant, on évalue à un peu plus de la moitié la quantité de pétrole récupérée. Selon les experts, on ne pourra pas terminer le travail de nettoyage des berges avant l’hiver et une partie du pétrole sera emportée par la rivière ou coulera au fond, ce qui en inquiète plusieurs. Comme on ne sait pas si la qualité de l’eau reviendra à la normale avant les grands froids, on commence à étudier des scénarios d’approvisionnement possibles pour l’hiver. Encore heureux que la fuite ne soit pas survenue en décembre. (…)

Nous consommons encore beaucoup de pétrole qu’il faut transporter d’une façon ou d’une autre. Malgré les fuites dont les conséquences ne sont heureusement pas toujours catastrophiques, le pipeline reste un moyen aussi fiable que le train, sinon plus. Cela étant dit, la construction d’un tout nouvel oléoduc d’un mètre de diamètre transportant quotidiennement, sous pression, 175 millions de litres de brut sur des centaines de kilomètres de terres agricoles et traversant plus de 250 cours d’eau, dont les rivières Outaouais, des Mille Îles, des Prairies, Saint-Maurice et même le fleuve Saint-Laurent, voilà qui pose problème. Surtout si ce pétrole est essentiellement destiné à l’exportation. Dans les conditions actuelles, on imagine mal un gouvernement du Québec prendre un tel risque en laissant Ottawa agir à sa guise au nom de la santé économique de l’Ouest.

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