Pierre-Olivier Pineau, professeur titulaire à la Chaire de gestion du secteur de l’énergie à HEC Montréal / La Presse :

Ce n’est pas quelque chose qu’on peut aimer comme une maison, une voiture ou un voyage.

Au contraire, quand on y pense, un pipeline est plutôt désagréable : un long tuyau enterré transportant un produit qu’on ne voit jamais, mais qu’on sait potentiellement dangereux. À la question : « Un pipeline ou pas de pipeline ? », à peu près personne ne répondrait spontanément : « Un pipeline, s’il vous plaît ! »

Pourtant, différentes entreprises veulent construire, agrandir ou remettre en état des pipelines au Canada. Pourquoi ? Parce qu’elles ont des clients qui se sont montrés intéressés à y transporter des produits. Parfois, au contraire, les clients disparaissent et les pipelines restent vides. C’est d’ailleurs ce qui arrive actuellement dans deux cas : l’oléoduc Portland-Montréal (qui acheminait du pétrole brut de pétroliers accostant au Maine jusqu’à Montréal) et un gazoduc de TransCanada, qui ne transporte qu’une fraction du gaz naturel qu’il pourrait livrer de l’Ouest canadien en Ontario. Ces pipelines sont presque vides et pourraient fermer. Est-ce une victoire pour l’environnement ? Non, simplement parce que le marché a évolué et que le pétrole et le gaz naturel qu’ils transportaient passent par d’autres chemins. La consommation de pétrole et de gaz naturel ne diminue pas.

D’une manière équivalente, l’ajout de pipelines, leur réfection ou leur agrandissement n’est pas un enjeu environnemental global.

Il y a évidemment des risques locaux à gérer, qu’il ne faut pas prendre à la légère. Davantage de rigueur et de transparence seront toujours utiles. Mais un pipeline ne crée pas des utilisateurs de pétrole, pas plus qu’il ne crée des producteurs. Ces producteurs et ces consommateurs existent. Le pipeline leur facilite la vie et rend, marginalement, leurs activités plus rentables. Sans pipeline, ces producteurs iraient s’installer ailleurs ou utiliseraient des trains lorsque les navires ne sont pas une option. Quant aux clients, ils payeraient leur essence un peu plus cher – mais garderaient leur véhicule.

Lire sur La Presse

Réplique de Denise Campillo et François Prévost : Non, nous n’aimons pas les pipelines : réponse au professeur Pineau

Note écoQuébec Info : L’auteur du texte ne mentionne pas une donnée importante. Au début de l’année 2015, une étude publiée dans la prestigieuse revue Nature a donné la marche à suivre :  le Canada doit laisser dans son sol plus de 85 % de ses ressources pétrolières connues s’il veut aider la planète à éviter la catastrophe climatique. De plus, le réseau ferroviaire actuel ne peut encaisser l’augmentation projetée de 40 % de la production des sables bitumineux d’ici 2025. Alors, quoiqu’en dise l’auteur, les pipelines ne sont pas seulement une manière moins coûteuse de transporter le pétrole, ils sont nécessaires pour que l’industrie augmente sa production.

La Chaire de gestion du secteur de l’énergie à HEC Montréal a été créée grâce au financement des entreprises suivantes, dont plusieurs oeuvrent dans le secteur des hydrocarbures : BMO, Boralex, Brookfield, Enbridge, Gaz métro, McCarthy Tétrault, Pétrolia, pwc et Valero.