Éric Pineault – Économiste et auteur de l’essai «Le piège Énergie Est» (Écosociété) / Opinion, Le Devoir : 

Du Dakota du Nord à la Colombie-Britannique en passant par la vallée du Saint-Laurent, une vaste coalition s’est formée pour lutter contre l’expansion des pipelines en Amérique du Nord. Si les Premières Nations sont à l’avant-plan de ce mouvement, nous — scientifiques, groupes écologistes, comités de citoyens, agriculteurs et élus — sommes engagés avec elles dans un combat qui va définir l’avenir économique et écologique de nos sociétés.

Cette lutte oppose deux grandes alliances. D’un côté, les entreprises pétrolières et leurs alliés souhaitent démultiplier la capacité de transport des hydrocarbures non conventionnels — en particulier le pétrole issu des sables bitumineux — vers le sud, l’ouest et l’est pour atteindre les marchés internationaux. De l’autre, ceux qui non seulement exigent l’arrêt de ces projets, mais considèrent que les hydrocarbures « extrêmes » doivent rester dans le sol. Les premiers agissent au nom d’un impératif économique : la richesse est là, il faut l’exploiter et nous le ferons tant qu’il y aura du pétrole à extraire. Les seconds agissent au nom d’un impératif écologique, les objectifs de l’Accord de Paris commandent de sortir de manière raisonnée de l’ère du pétrole.

Réthorique

Ce n’est pas en investissant dans l’expansion des infrastructures extractives que nous réussirons cette transition. Ce profond clivage marque le contexte dans lequel se sont réunis les premiers ministres des provinces et le gouvernement fédéral pour doter le Canada d’un plan de lutte contre les changements climatiques compatible avec les engagements pris lors de la conférence de Paris.

Le ton donné par Rachel Notley a été repris par Justin Trudeau : il serait possible de concilier ces impératifs antinomiques… mais on garde les cibles des conservateurs de Stephen Harper, quelques selfies en plus. D’un côté de la bouche, une rhétorique sur la transition qui s’accompagne de plusieurs mesures concrètes bienvenues, mais de l’autre, le gouvernement soutient de nouveaux projets. Si l’expansion autorisée par le gouvernement Trudeau de Transmountain se réalise, que la ligne 3 d’Enbridge est modernisée et que le transport de bitume par rail est maintenu, le Canada pourra potentiellement extraire et transporter plus de pétrole que le permet le respect de ses engagements climatiques.

Ajoutons à cette capacité excédentaire les éventuels 1,1 million de barils par jour d’Énergie Est et ceux de Keystone XL, c’est maintenant 7 millions de barils par jour qu’il serait possible de transporter. Comment concilier un appui à la volonté de l’industrie de construire des pipelines afin de transporter presque le double de la production avec les cibles ambitieuses de réduction d’émissions de GES ? C’est tout simplement impossible.

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Réponse aux sophismes de l’industrie pétrolière

Miguel Tremblay / Huffington Post : 

 

Dans un article publié sur le site web de La Presse, Pierre-Olivier Pineau, professeur à la chaire de gestion du secteur de l’énergie à HEC Montréal, nous offre le parfait manuel du petit lobbyiste des pipelines au Canada. Il y a en effet une communauté d’esprit qui inscrit cet article dans le discours des compagnies pétrolières canadiennes, ce qui ne saurait surprendre, car celles-ci financent sa chaire de recherche. Alors que certains, sur les médias sociaux, perçoivent cela comme un conflit d’intérêts, j’y vois pour ma part une occasion d’offrir une réponse aux sophismes de cette industrie regroupés dans un seul article.Débutons par l’affirmation du professeur Pineau, qui nous indique que « l’ajout de pipelines, leur réfection ou leur agrandissement n’est pas un enjeu environnemental global ». Pineau n’étant pas physicien, on peut penser qu’il maîtrise mal les lois de la thermodynamique, qu’il n’entend pas les scientifiques qui ont calculé que le tiers des réserves de pétrole mondial doit rester sous terre si l’humanité désire limiter le réchauffement climatique à 2 °C ou moins.

On peut excuser cette ignorance, mais que fait-il de la loi de l’offre et de la demande ? Ce concept, abordé jadis dans le cours d’économie de Secondaire 4, que doit avoir suivi le professeur, explique que plus l’offre est grande, plus le prix baisse. Or, un pipeline supplémentaire augmente l’offre sur le marché, fait diminuer le prix et rend donc la consommation du pétrole plus attrayante. Sa réflexion ignore cette implication logique.

 
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