Philippe Orfali / Le Journal de Montréal :

Un auteur décrit les pratiques d’affaires du géant du pétrole et le rôle des Desmarais

La pétrolière Total exerce un véritable pouvoir dans plus de 130 pays où elle opère. Dans son dernier essai, l’auteur Alain Deneault met à jour les tactiques complexes de la multinationale, dont le C.A. compte Paul Desmarais fils, pour tirer son épingle du jeu aux dépens du bien commun.

Le nom de Total n’est pas aussi connu au Canada que ceux d’autres groupes pétroliers internationaux, et pourtant, l’entreprise est très active ici. Particulièrement en Alberta où elle participe au développement de l’exploitation des sables bitumineux.

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Les Québécois et les Canadiens devraient s’en préoccuper parce qu’ils jouent, qu’ils le veuillent ou non, un rôle dans cette aventure.
En effet, Paul Desmarais fils – coprésident et chef de la direction de Power Corporation, avec son frère André – figure au conseil d’administration de l’entreprise depuis plus de quinze ans.

«Quand on est au c.a. d’une firme comme Total, on a des responsabilités, on ne peut pas dire qu’on est ignorant de ce qu’elle fait, se décharger de toute responsabilité par rapport à ses actions», explique le professeur de théorie critique à l’Université de Montréal et directeur de programme au Collège international de philosophie à Paris.

Participation importante
En tandem avec le Groupe Bruxelles Lambert (GBL) d’Albert Frère, un milliardaire belge, les Desmarais ont déjà détenu de 2000 à 2013 environ 5,4 % des actions de Total.

Ce chiffre peut sembler peu important, mais il faut savoir que Total ne compte aucun actionnaire majoritaire. Avec 5 % des actions de l’entreprise, le groupe bénéficiait de certains avantages exclusifs. À la même époque, le deuxième plus important actionnaire privé ne détenait que 0,3% des actions.

Depuis trois ans, les Desmarais se sont désengagés peu à peu de l’actionnariat de Total, tout en conservant un siège au conseil. Power Corporation détient 0,15 % des parts de façon directe en plus de la participation restante de GBL.
Malgré tout, «les Desmarais demeurent parmi les investisseurs les plus influents de la firme Total avec des investisseurs qataris, chinois… Il y a aussi d’autres acteurs canadiens qui investissent dans Total», conclut M. Deneault.

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Description du livre chez Écosociété

De quoi Total est-elle la somme?

Comploter, coloniser, collaborer, corrompre, conquérir, délocaliser, pressurer, polluer, vassaliser, nier, asservir, régir : autant de moyens employés par les multinationales pour faire et défaire les lois et asseoir leur domination sur nos régimes politique et économique. Faire la somme d’une société pétrolière comme Total, c’est faire la cartographie de cette institution qui domine nos sociétés en ce début de XXIe siècle.

En se penchant sur le cas d’école de la multinationale Total, active dans plus de 130 pays, Alain Deneault montre comment l’état du droit et la complicité des États ont permis à une firme, légalement, de comploter sur la fixation des cours du pétrole ou le partage des marchés, de coloniser l’Afrique à des fins d’exploitation, de collaborer avec des régimes politiques officiellement racistes, de corrompre des dictateurs et des représentants politiques, de conquérir des territoires à la faveur d’interventions militaires, de délocaliser des actifs dans des paradis fiscaux ainsi que des infrastructures dans des zones franches, de pressurer des régimes oligarchiques en tirant profit de dettes odieuses, de polluer de vastes territoires au point de menacer la santé publique, de vassaliser des régimes politiques pourtant souverains en théorie, de nier des assertions de façon à épuiser des adversaires judiciaires, d’asservir des populations et de régir des processus de consultation. Chacun de ces verbes fait l’objet d’un chapitre. Ils représentent une série d’actions sidérantes que l’ordre politique actuel ou récent a permis à des multinationales de mener en toute impunité, indépendamment des textes législatifs et des institutions judiciaires, voire grâce à eux.

À un totalitarisme psychotique qui a marqué de son empreinte le jeu politique jusqu’au milieu de XXe siècle s’est substitué un totalitarisme pervers. Puisqu’il est toujours plus aisé de combattre une entité que l’on comprend, De quoi Total est-elle la somme ? nous rappelle que les peuples doivent urgemment reconquérir leur souveraineté politique.