Éric-Pierre Champagne / La Presse :

Le gouvernement du Québec aura fort à faire s’il veut contester le décret d’urgence mis en place par Ottawa pour protéger la rainette faux-grillon dans le secteur de La Prairie, en Montérégie. En plus d’avoir écarté les avis de ses experts, le ministère québécois de l’Environnement a autorisé le projet immobilier Symbiocité sans détenir la moindre preuve scientifique de l’efficacité des principales mesures de compensation exigées pour protéger cette espèce en péril. Les certificats d’autorisation délivrés par le Ministère prévoyaient notamment l’aménagement d’étangs de reproduction pour la rainette dans un parc de conservation adjacent au projet Symbiocité. Or, Québec admet n’avoir aucune étude prouvant l’efficacité de cette mesure pour cette espèce. « Il n’y a pas vraiment d’études sur la pertinence et l’efficacité des étangs [pour la rainette], reconnaît Daniel Messier, porte-parole du ministère de l’Environnement. Mais de façon générale, il y a beaucoup d’articles dans la littérature scientifique qui présentent l’importance de compenser la perte d’habitats par la création de nouveaux habitats. »

Isabelle Picard, biologiste spécialiste des amphibiens, est encore plus catégorique. Selon elle, il n’existe aucune étude scientifique qui prouve l’efficacité d’étangs aménagés pour la rainette.

« On sait que des étangs peuvent être aménagés pour d’autres amphibiens qui ont besoin de plans d’eau permanents. Mais dans ce cas-ci, le Ministère fait de l’expérimentation, c’est clair. »

— Isabelle Picard, biologiste

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