Alexandre Joly, chargé de projets et responsable de la recherche scientifique à la Fondation Rivières / Opinion, Le Devoir :

Le document de référence de la Stratégie canadienne de développement à faible émission de gaz à effet de serre (GES) dévoilé en novembre fait non seulement fausse route, mais se base sur de mauvaises prémisses. Bien qu’il soit nécessaire de miser sur une production énergétique et l’expansion du réseau d’électricité canadien faible en émissions de GES, il faudrait tout d’abord retirer l’hydroélectricité des priorités de ce plan notamment destiné à contrecarrer les émissions des sables bitumineux.

Depuis plusieurs années, il est connu que l’érection de barrages hydroélectriques majeurs inondant des dizaines, voire des centaines de kilomètres carrés de territoire, produit de vastes quantités de GES. En effet, lors de l’inondation des territoires pour la mise en service de grands ouvrages hydroélectriques, la matière putrescible présente sur le territoire, à savoir principalement le matériel végétal non récolté, se retrouve sous l’eau.

Or, dans de telles conditions, la décomposition de toute cette matière végétale s’effectue de façon anaérobie. C’est-à-dire qu’elle se décompose en absence d’oxygène. Ainsi, plutôt que d’émettre du CO2, résidu de la décomposition aérobie (présence d’oxygène), ce mode de putréfaction produit du méthane, un gaz qui a un potentiel de réchauffement 20 fois plus important que le CO2. Conséquemment, il est faux d’affirmer que « le Canada a déjà l’un des réseaux d’électricité les plus propres du monde, avec plus de 80 % de l’électricité générée de sources qui ne produisent pas de gaz à effet de serre comme les technologies hydroélectrique, éolienne, solaire et nucléaire ». L’absence de production de GES ne signifie en aucun cas qu’une source d’énergie est non polluante.

Scénario du pire

En basant sa Stratégie sur le développement hydroélectrique, le fédéral mise sur des techniques désuètes qui, effectivement, émettent des GES. Qui plus est, les centrales hydroélectriques ont d’importants impacts biologiques et sociaux dont on ne traite aucunement dans le document.

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