Cathy Wong / Le Devoir :

Vous souvenez-vous de ce fameux selfie devenu viral pris par notre premier ministre Justin Trudeau et sa femme, Sophie Grégoire ? On les y voyait, dans le noir, illuminés par une chandelle, en guise d’appui à la lutte contre les changements climatiques. Le 22 avril dernier, Trudeau souhaitait donner l’exemple à la population canadienne en participant à l’initiative « Une heure sur terre » pour le Jour de la Terre. Moins d’un an plus tard, son gouvernement donnait le feu vert au projet de terminal méthanier Pacific NorthWest LNG. Selon l’Agence canadienne d’évaluation environnementale, il s’agirait d’un « des plus importants émetteurs de gaz à effet de serre au Canada ».

Manifestation le 23 avril : VousNEpasserezPAS

Le ministre québécois de l’Environnement, David Heurtel, avait aussi profité l’an dernier du Jour de la Terre pour rappeler à la population de « s’investir au quotidien » pour lutter contre les changements climatiques. Depuis cette annonce, le gouvernement du Québec a adopté sous bâillon la loi 106 qui ouvre nos sous-sols aux entreprises pétrolières et gazières.

Si les gouvernements se doivent d’encourager la population à modifier ses habitudes pour réduire les impacts écologiques, ne devraient-ils pas eux-mêmes montrer l’exemple avant tout ? C’est certainement le message qu’a donné la population aux gouvernements lors du tout premier Jour de la Terre en 1970. Après le déversement accidentel de l’équivalent de 100 000 barils de pétrole au large de Santa Barbara, en Californie, des milliers de personnes ont manifesté pour exiger des réformes politiques protégeant l’environnement.

Le premier Jour de la Terre avait d’emblée une portée politique. Près de 50 ans plus tard, la page Web du réseau mondial du Jour de la Terre ressemble plutôt à un site de magasinage où l’on invite les visiteurs à afficher leurs convictions écologiques en consommant des affiches en papier ainsi que des t-shirts importés à 14,99 $. Une fois la transaction effectuée, les achats sont livrés directement chez vous. Par avion, au besoin…

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Demain, il sera trop tard

Josée Blanchette / Le Devoir :

Un autre Jour de la Terre demain et je réalise que ça fait un bail que je ne vous ai pas parlé de la nature. Celle qui fait pousser les carottes et les pipelines, celle qui échoue les bélugas sur les rives du Saint-Laurent et fait cui-cui dans votre jardin en attendant le râteau. Vous avez peut-être vu le film Demain produit par Cyril Dion et l’actrice Mélanie Laurent, cette ode au petit geste qui engendre des merveilles, ce poème environnemental qui nous offre ce dont l’humain a besoin pour continuer à bricoler sa vie, peinard, en laissant les grands de ce monde s’occuper des « vraies affaires » ; j’ai nommé l’espoir.

Sans espoir, nous ne pourrions pas poursuivre dans le déni ou continuer à penser que Justin est vraiment un cool guy même s’il a la tête dans les égoportraits et les deux pieds coincés dans les sables bitumineux.

Le petit geste écolo local ne sauvera pas le monde — on s’en doute un peu — mais il nous humanise, nous donne l’impression que nous agissons, permet de s’arrimer. Pendant ce temps, au niveau stratosphérique, le Canada a réduit ses GES de 2,2 % en 10 ans et l’objectif est de -30 % d’ici 13 ans pour maintenir le réchauffement climatique en deçà de 2 °C. Sur le plan international, ce n’est guère mieux, une quarantaine de pays seulement ont fixé un tarif sur le CO2 (87 % des GES n’ont pas de prix).

D’une main, nous continuons à subventionner l’exploration et l’exploitation des énergies fossiles — 500 à 600 milliards $US/an au niveau mondial —, et de l’autre, on se fait une petite piste cyclable bordée de vagabondes. Ça s’appelle la dissonance cognitive ou la schizophrénie, je ne sais trop, j’suis pas psy mais je deviens éco-anxieuse.

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Le Devoir : Cultiver en se cultivant