Louise Morand, Comité vigilance hydrocarbures de l’Assomption / RVHQ :

Investir des milliards pour la construction d’un train électrique sans conducteur ne signifie pas qu’on améliore le transport collectif. Le projet du Réseau électrique métropolitain (REM) mis de l’avant par la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) et le gouvernement de Philippe Couillard ne serait-il qu’un détournement de fonds publics prenant prétexte de la transition énergétique?

Le Bureau d’audiences publiques en environnement (BAPE) ne s’est quand même pas dit défavorable au projet du REM sans raisons. Plusieurs analyses démontrent en effet que le REM n’aurait aucun impact sur la diminution des GES, ne se traduirait par aucune hausse significative de l’achalandage du transport en commun dans la région métropolitaine, et ne diminuerait en rien la dépendance à l’automobile. Il serait même nuisible pour le réseau de trains déjà existant et pour un autre projet de train électrique vers Trois-Rivières et Québec. Le REM nuirait même à la transition énergétique en général, car il monopoliserait les ressources financières pour la décennie à venir. En outre, cet éléphant blanc de plus de 6 milliards de dollars ferait grimper les coûts du transport en commun de 20 à 30 % en plus d’augmenter les taxes foncières et les coûts d’électricité au Québec. Le prix d’un aller simple sur le REM est évalué à près de 19 $.

La Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) investit davantage dans les sables bitumineux de l’Alberta qu’au Québec. La réalisation du REM permettra de valoriser les déchets du pétrole sale albertain – le coke de pétrole – qui sert de combustible à Ciment McInnis, la controversée cimenterie de Port-Daniel, contrôlée par la Caisse. Sans surprise, la CDPQ possède également des investissements dans Bombardier, qui vient de doubler le salaire de ses hauts dirigeants. Le REM est donc taillé sur mesure pour satisfaire les intérêts de la Caisse, au détriment des besoins de la population en transport collectif et de la lutte aux changements climatiques. Des chercheurs de l’École de technologie supérieure (ETS) et de HEC-Montréal estiment qu’avec les seuls profits que compte réaliser la Caisse avec le projet du REM, Montréal pourrait acheter 200 autobus électriques par année.

Le projet du REM ne répond absolument pas à l’urgence de diminuer les GES et de désengorger les autoroutes, et ne contribue aucunement à rendre le transport collectif plus accessible à Montréal. C’est encore une fois un projet polluant, conçu derrière des portes closes et répondant aux intérêts économiques d’un clan que le gouvernement Couillard voudrait faire passer pour l’intérêt général. Nous ne sommes pas dupes. D’autres scénarios sont possibles. On peut faire beaucoup mieux pour moins cher. Nous exigeons des consultations publiques sur l’électrification des transports collectifs pour la communauté métropolitaine de Montréal.

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