Louis Cornellier / Le Devoir :

Faut-il préserver le modèle actuel ou prendre le risque du libre marché ?

Mon rapport à l’agriculture est principalement littéraire. Je me souviens, non sans émotion, d’avoir fait les foins pendant quelques jours à l’époque de ma jeunesse, mais, pour le reste, mon expérience agricole se limite aux mots. Ceux de mon père, fils d’un modeste fermier, empreints de nostalgie en racontant le bonheur de l’heure des vaches dans les années 1940 et 1950. Ceux, aussi, de tous ces écrivains du terroir — Girard, Groulx, Grignon, Guèvremont et même Laberge — qui ont chanté, joyeusement ou tristement, la vie paysanne. Dans mon enfance, j’ai lu, chez ma grand-mère paternelle, La Terre de chez nous qui traînait sur la table de la cuisine. Tout ça, tous ces mots, laisse une trace. Aussi, même si l’univers agricole m’est concrètement presque étranger, je lui suis attaché.

Je sais bien que les choses ont changé, que les fermes d’aujourd’hui sont plus grosses, plus modernes et gérées par des agriculteurs plus instruits que ceux d’hier. Il n’empêche qu’elles continuent de structurer le pays québécois. « Quand vous vous arrêtez devant une belle ferme laitière, écrivent les auteurs d’Une crise agricole au Québec, vous voyez bien plus qu’une digne représentante d’un secteur économique parmi d’autres. Vous avez devant vous l’un des socles de la société québécoise, de son histoire, de son identité et même de son visage, l’agriculture étant l’activité humaine qui façonne le plus le paysage. »

Or, s’inquiètent Simon Bégin, ancien attaché politique de Jean Garon, Yan Turmine, agronome, et Yannick Patelli, éditeur du journal indépendant La Vie agricole, une foule de ces 5800 fermes laitières sont actuellement menacées de disparition, victimes des divers traités de libre-échange et des failles dans la protection que devrait leur assurer le système de la gestion de l’offre, avec ses fameux quotas. Le principal ennemi des producteurs laitiers québécois, à l’heure actuelle, est le lait diafiltré américain, un concentré liquide de protéines laitières utilisé dans le fromage, le yogourt et la crème glacée.

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