Ralph-Bonet Sanon / Journal Métro :

«Pointe-aux-Trembles était une des plus belles places de l’île de Montréal pour la qualité de vie», estime l’anthropologue, écrivain et animateur radio Serge Bouchard, qui a connu l’industrialisation sauvage de la pointe de l’île et rêve aujourd’hui d’une meilleure protection du fleuve Saint-Laurent et des boisés.

Aujourd’hui âgé de 69 ans, Serge Bouchard a longtemps vécu «au bout de l’île», où, étant petit dans les années 50, il contemplait le fleuve Saint-Laurent au bord de la rue Notre-Dame Est. Dans son plus récent recueil d’essais, Les yeux tristes de mon camion, paru en novembre dernier sous Boréal, l’ex-Pointelier se remémore le passage du yacht privé de la reine d’Angleterre, de bateaux de guerre, de régates, de navires commerciaux et autres. L’anthropologue rappelle également que l’histoire du Québec s’est déroulée sur le fleuve. (…)

Quand l’écologie n’existait pas

Dans Les yeux tristes de mon camion, M. Bouchard décrit «un paysage paléo-industriel» défiguré notamment par les raffineries de pétrole et les carrières. Il le dit bien : c’était une époque où «le mot écologie n’existait pas».

«Le fleuve était une sorte de référence : sa majesté le fleuve. Jusqu’au jour où il est devenu un dépotoir à ciel ouvert, le rejet des raffineries de pétrole. Il est devenu d’une eau noire et brune».
– Serge Bouchard

Afin de préserver la mémoire et les usages du fleuve, l’écrivain propose dans son dernier opus la création d’une charte du fleuve Saint-Laurent. Il se dit conscient des considérations politiques d’un tel outil juridique. «Le fleuve est de compétence fédérale, alors si on le revendiquait pour nous-mêmes sur le plan humain, ça serait quasiment un acte d’indépendance», admet M. Bouchard.

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