Paul Bibeau, Comité de vigilance hydrocarbures de Repentigny :

Vendredi le 9 décembre 2016 marquera notre histoire au Québec comme un moment noir. Le gouvernement Couillard, en adoptant le projet de loi 106 sous le bâillon, vient de démontrer hors de tout doute son appui indéfectible à l’industrie des hydrocarbures. Pourquoi ce projet de loi n’a-t-il pas encore soulevé la colère de la population malgré les dangers qu’il comporte : droit d’expropriation pour les compagnies pétrolières et risques pour l’eau, le sol et l’air de notre territoire?

Première explication : le message du gouvernement est volontairement ambigu afin de berner la population. D’un côté, le ministre Arcand nous a dit, avant l’adoption du PL106 sous le bâillon, que dans l’état actuel des choses il n’y aura pas d’exploitation des hydrocarbures tant que les techniques ne seront pas au point. Quelques jours plus tard, le premier ministre Couillard en rajoute en disant qu’il n’y a pas d’acceptabilité sociale face à l’exploitation des hydrocarbures au Québec. Donc le message que la population retient, c’est qu’il n’y a pas de danger face à cette industrie qui a été bloquée par la population du Québec en 2012. On était plus de 200 000 personnes à manifester dans les rues à Montréal le Jour de la Terre pour s’opposer à l’exploitation du gaz de schiste. La majorité de la population a cru qu’il y avait un moratoire sur cette question, surtout après la tenue en 2012 du BAPE qui ne recommandait pas au gouvernement de permettre aux compagnies gazières d’exploiter notre sous-sol compte tenu des dangers que représente cette industrie pour l’eau et pour la santé humaine.

Deuxième explication : le PL106 comporte deux volets, un sur la transition énergétique et un deuxième, le chapitre IV, sur l’encadrement de l’exploitation des hydrocarbures. En n’acceptant pas de scinder son projet de loi, et ce même après plusieurs interventions de l’opposition officielle soutenue par le Front commun pour la transition énergétique qui représente une vaste coalition de Québécois opposés à l’industrie des hydrocarbures, le gouvernement Couillard nous a prouvé qu’il voulait donner les clés de notre territoire à cette industrie. Le message que retient la population face à ce projet de loi, par contre, c’est que le gouvernement va faire la promotion des énergies renouvelables et parle beaucoup de transition énergétique.

La troisième explication se retrouve du côté municipal. L’opposition qui s’est organisée à ce niveau provient du comité de pilotage qui coordonne plus d’une centaine de maires regroupés surtout au niveau de la FQM (Fédération québécoise des municipalités). Par contre le gouvernement a rencontré la semaine passée les représentants des deux fédérations, la FQM et l’UMQ (Union des municipalités du Québec) et a convenu avec eux de l’application de la loi 122 qui leur donne plus de pouvoir pour légiférer au niveau municipal.

La portée réelle de cette loi est à démontrer, car le gouvernement n’a pas changé son discours ni le texte du PL106 qui leur enlève la juridiction sur l’eau de leur territoire. Des rencontres ont eu lieu avec l’UMQ la semaine passée et le ministre Arcand leur a promis qu’ils auraient une juridiction sur l’eau, mais sans leur fournir d’amendement concret au texte du PL106.

De plus, le gouvernement a conclu avec la Ville de Montréal une entente afin qu’elle jouisse de pouvoirs plus grands pour légiférer sur son territoire. Encore là, quelle est la portée réelle de ces changements? Selon l’opposition, ils ne sont que cosmétiques.

Donc de façon très habile le gouvernement a mis le monde municipal dans sa petite poche en les bernant et en leur donnant l’illusion qu’ils ont gagné un certain pouvoir de légiférer.

Dans ce contexte et compte tenu du peu d’opposition du monde municipal, le gouvernement a pu passer le PL106 sous le bâillon. En imposant ce projet de loi un peu avant les Fêtes, le gouvernement espère endormir la population et ainsi pouvoir délivrer des permis d’exploration aux compagnies pétrolières le plus tôt possible.

Ce que ce gouvernement oublie, c’est que l’opposition citoyenne ne fait que débuter. Lorsque la population va s’apercevoir des intentions réelles du gouvernement Couillard, c’est une joyeuse tempête qui les attend, comme en 2012 où nous avons rejeté massivement cette industrie.

Nous serons là, les comités de citoyens, dans chacune des villes et villages du Québec, pour démontrer notre opposition à l’exploitation des hydrocarbures. L’expérience que les Américains ont vécu en Pennsylvanie devrait nous mobiliser encore plus face aux dangers réels que représente cette industrie pour la santé humaine et la contamination des sources d’eau potable. Plus de 9 millions d’habitants de cet État sont touchés directement et souffrent de cette exploitation. C’est l’équivalent de toute la population du Québec.

La lutte que nous menons s’inscrit dans un courant mondial pour changer notre mode de vie. L’ère des hydrocarbures doit se terminer le plus rapidement possible et nous devons entrer dans une nouvelle ère, celle de la transition énergétique et des énergies renouvelables.

Levons-nous contre cette industrie et tous les politiciens qui la supportent.