Jean-Michel Goulet, économiste et directeur écoQuébec Info :

Le BAPE vient de sortir un rapport «coup de poing» sur le Réseau électrique métropolitain (REM), considérant qu’il serait prématuré d’autoriser la réalisation du projet de la Caisse de dépôt et placement du Québec.

Revue de presse sur le rapport du BAPE du train de la Caisse
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Risques d’étalement urbain, faible impact sur la réduction des gaz à effet de serre, faible contribution à l’atteinte des objectifs de déplacements par transport en commun, etc.

Initialement évalué à 5,5 milliards, le projet atteindrait plutôt 7 à 8 milliards lorsque l’on inclut les coûts cachés, estime le président d’Option transport durable. Dans son mémoire, Luc Gagnon propose «des options quatre fois plus efficaces.» Alors, pourquoi tant d’empressement à dépenser autant d’argent dans un projet qui n’est peut-être pas le meilleur? La réponse semble politique.

Philippe Couillard veut marquer son passage à la tête du Québec. Son parti a qualifié ce projet de «Baie James de Montréal». Il veut également tenter d’atteindre les 250 000 emplois qu’il a promis en campagne électorale, quitte à lancer la Caisse dans un PPP pour y arriver.

Cela dit, un élément est complètement passé sous le radar médiatique: la quasi-totalité du train de la Caisse serait construite dans des comtés du PLQ.

Voici le tracé du REM

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Voici maintenant la carte des résultats électoraux de 2014 au Québec

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Deux-Montagnes (CAQ), le seul comté «non libéral» où passerait le REM.

Oui, la qualité du transport en commun doit être améliorée dans l’Ouest-de-l’Île. Oui, nous devons relier l’aéroport au centre-ville avec un lien digne d’une métropole mondiale. Oui, nous sommes tous pour l’électrification des transports.

Mais la question qu’il faut se poser: avec les ressources limitées que l’État octroie aux transports en commun, est-ce que le REM est l’investissement public le plus optimal?

Le PLQ dira que le projet est déjà trop avancé pour le changer. Il ajoutera que si nous voulons profiter des milliards en transports en commun du prochain budget Trudeau, nous n’avons pas d’autre alternative. Ce qui nous amène à regarder dans quels comtés fédéraux passerait le REM.

Voici la carte des résultats de l’élection de 2015 au Canada

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Tous des comtés du PLC à l’exception d’Outremont (NPD). Décidément, le hasard fait bien les choses pour la famille libérale. Il semblerait plutôt que, une fois de plus, le Parti libéral fait passer ses intérêts avant ceux du Québec.

Regardons maintenant la carte dévoilée par la Direction de la santé publique de Montréal. Les zones en jaune sont celles où les besoins sont prioritaires:

Une image vaut mille mots.

Le mémoire de la Santé publique se termine avec cette question: est-ce qu’un projet de transport collectif s’implantant dans les quartiers présentant un environnement plus favorable à l’usage des transports actifs et collectifs pourrait avoir plus de bénéfices de santé publique?

Toujours vers l’affaiblissement du BAPE

Comme je l’ai abordé dans ma chronique précédente, le PLQ n’aime pas le BAPE et il compte le charcuter avec son projet de loi 102. Le traitement médiatique du rapport n’est qu’un autre exemple.

Insatisfait des résultats, le cabinet de David Heurtel l’a rendu public à 16 heures un vendredi… le jour de la nomination de Donald Trump! Pour noyer une nouvelle, un parti aurait difficilement pu trouver mieux. Chapeau.

Sans oublier que le PLQ avait bien pris soin de couler de l’information en matinée à son fidèle allier de La Presse en «exclusivité» pour que ce dernier oriente le message dans le sens désiré.

C’est-à-dire que le BAPE a «outrepassé» son mandat environnemental en analysant le côté social, mais surtout économique du REM. Ce message a été repris par la droite… qui défend un projet de transport en commun alors que la gauche le critique. Le monde à l’envers!

Quoiqu’en dise Philippe Couillard, la mission du BAPE inclut les trois piliers du développement durable: «éclairer la prise de décision gouvernementale dans une perspective de développement durable, lequel englobe les aspects écologique, social et économique.»

Francis Vailles estime que le REM entraînerait un manque à gagner annuel de 180 millions par année par rapport au service actuel. Avec les sommes considérables qui sont en jeu, la sagesse exige de faire une pause afin de bien analyser les critiques légitimes du BAPE, qui, rappelons-le, est un organisme neutre, contrairement aux libéraux.