Louise Morand, Comité vigilance hydrocarbures de L’Assomption / RVHQ : 

Les municipalités de Montmagny, de Lac-Mégantic et de Drummondville multiplient les projets gaziers sur leur territoire pour aider les industries qui carburent au mazout ou au propane à convertir leurs installations vers le gaz naturel,. Cette transition est soutenue par le gouvernement de Philippe Couillard, qui subventionne généreusement Énergir (anciennement Gaz Métro) à même le Fonds vert,. Les élus municipaux, tout sourire, font l’éloge de cette «énergie propre», «moins polluante que le mazout», «32% moins émettrice de gaz à effet de serre que le mazout», «moins chère que l’électricité», «plus fiable que l’éolien et le solaire» et «essentielle au développement industriel». À Drummondville, le maire Alexandre Cusson, également préfet de la MRC et président de l’Union des municipalités du Québec, offre 1,250,000$ d’argent de la municipalité à Énergir pour passer ses tuyaux et il espère développer une flotte d’autobus au gaz.

Les élus ignorent-ils que le gaz naturel non conventionnel que distribue Énergir n’offre aucun avantage concurrentiel par rapport au pétrole et au mazout en ce qui concerne les émissions de gaz à effet de serre? D’une part, la transition vers le gaz retarde une véritable transition vers des énergies sobres en carbone,.Et d’autre part, l’affirmation selon laquelle le gaz dit «naturel» émet 32% moins de gaz à effet de serre que le mazout ne vaut que si on fait abstraction des fuites de méthane qui se produisent inévitablement dans toutes les infrastructures gazières,. Dans le cas des véhicules lourds, des études ont démontré que, si on tient compte de ces émissions fugitives de méthane, les moteurs à injection fonctionnant au gaz naturel liquéfié (GNL) utilisés chez nous, émettent 4% plus de gaz à effet de serre que ceux qui roulent au mazout. Et dans les deux cas, l’efficacité énergétique est bien moindre que celle des moteurs électriques.

On ne peut donc affirmer que le gaz est une énergie propre que si on fait abstraction de la pollution liée à son mode d’extraction. Comme le gaz que distribue Énergir est essentiellement obtenu par fracturation hydraulique, sa production entraîne une pollution massive de l’eau potable, de l’air, des sols et des nappes phréatiques,.

Et on ne peut affirmer que le gaz est moins cher que l’électricité qu’en faisant abstraction du fait que l’industrie du gaz de schiste est au bord de l’effondrement. Plusieurs analystes experts du domaine s’entendent en effet pour dire que le gaz est «la bulle boursière de notre époque». Le rendement énergétique sur l’investissement (EROI) est toujours en baisse, c’est à dire qu’il faut toujours plus d’énergie pour en obtenir de moins en moins. Lorsque, dans un avenir que les experts estiment rapproché, les limites de l’approvisionnement seront atteintes, il n’est pas certain que les industries québécoises pourront profiter de généreuses subventions gouvernementales pour faire une nouvelle transition, cette fois vers notre électricité patrimoniale. Encore une fois, les fonds publics auront servi les intérêts d’une corporation au détriment des besoins de la population. Pourquoi nos élus municipaux ferment-ils les yeux sur tous ces constats?