Jean-François Cliche / Le Soleil :

Tous les politiciens sont en faveur de la transparence, les uns par conviction, les autres parce qu’ils ne peuvent pas dire le contraire publiquement. Tous les ministères, tous leurs services des communications sont en faveur de la transparence, et je suis sûr qu’il y a bien des gens, là-dedans, qui comprennent très bien l’importance démocratique d’avoir des gouvernements aussi ouverts que possible. Mais la diffusion d’information soulève toujours aussi des questions de stratégie politique et de «P.R.», si bien que lorsque vient le temps de faire les choses pour vrai, de se montrer transparent pour vrai, beaucoup (trop) de politiciens, de ministères et de PR sont soudainement pris du syndrome du rince-bouche : on se gargarise avec de belles formules comme «données ouvertes», mais on recrache tout au plus coupant.

Tenez : en début de semaine, en suivi au texte d’un collègue du Soleil qui faisait état de dépassements des normes de rejet pour le mercure et les dioxines/furanes à l’incinérateur de Québec (pour ceux qui habitent ailleurs : cet incinérateur est situé au centre-ville dans le quartier Limoilou, l’un des plus densément peuplés de la ville), j’ai voulu savoir quelles étaient les concentrations de ces polluants dans l’air du quartier. Après tout, les dépassements avaient été mesurés à la sortie des cheminées et n’étaient pas particulièrement grands, alors peut-être qu’ils compromettaient la qualité de l’air de Limoilou, mais peut-être pas non plus — probablement pas, même.

Sachant que le ministère de l’Environnement (MDDELCC) a, en plein dans ce quartier-là, une station d’analyse de la qualité de l’air qui mesure les teneurs d’une assez longue série de polluants, j’ai demandé à voir les données les plus récentes. Histoire de vérifier si ces dépassements avaient vraiment, ou non, une incidence significative sur l’air que respirent les habitants du quartier.

Réponse : le mercure n’est pas mesuré. Et pour les dioxines/furanes, ça va coûter 10 $ pour l’ouverture du dossier et 180 $ pour l’envoi des données. Taxable.

Voilà qui est nouveau et, bien que les sommes demandées ne soient pas faramineuses, plus significatif qu’il n’y paraît. Jusqu’à un passé récent, ces données-là étaient gratuites — comme il se doit pour des données gouvernementales, il me semble. La preuve qu’elles ne coûtaient rien (et en même temps la preuve qu’il est d’intérêt public qu’elles soient aussi accessibles que possible) : c’est avec ces données-là que j’ai confirmé, en 2013, que les normes de qualité de l’air pour le nickel étaient chroniquement dépassées dans Limoilou. Je les ai demandées, on me les a envoyées par courriel, gratos.

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