Kelly Cryderman / The Globe & Mail, traduction Joël Tremblay :

Le nombre de convois pétroliers transportés par voie ferrée devrait décupler d’ici 25 ans si aucun nouvel oléoduc n’est construit afin d’acheminer le pétrole de l’ouest du pays vers les raffineries de l’est et le marché international. C’est le message que l’ONÉ a exprimé lors d’une audition devant un comité sénatorial étudiant la question du transport de pétrole brut.

L’industrie pétrolière entame sa 3e année dans un contexte de bas prix, qui a été accompagnée par l’annulation de plusieurs projets d’exploitation des sables bitumineux au Canada. Malgré cela, la production devrait augmenter à 6.1 millions de barils par jour en 2040. Elle est de 3.8 millions de barils actuellement.

Cependant, quand cela se produira, au moins 1.2 millions de barils devront transiter par train, plus que dix fois ce qui a été transporté durant les 3 premiers mois de cette année, selon des calculs de l’Office.

Dans les démarches autour de l’expansion de l’oléoduc Trans Mountain de Kinder Morgan et concernant le controversé projet Northern Gateway, les pratiques de l’industrie et de l’ONÉ ont fait l’objet de beaucoup d’attention dans les dernières années. Plus tôt dans le mois de septembre, le processus d’évaluation de l’Office sur le projet d’oléoduc Énergie-Est a été interrompu suite à la récusation des membres du comité d’évaluation. Ces démissions font suite à des allégations de partialité pro-industrie par les opposants au projet.

Selon l’ONÉ, si aucun nouvel oléoduc n’est prévu pour acheminer leur produit, à cause des coûts reliés au transport ferroviaire, les investissements dans le secteur gazier et pétrolier seront négativement affectés.

« C’est plus cher de transporter par train. Du point de vue du producteur, les profits sont moins élevés. » selon les propos de l’économiste en chef de l’ONÉ, Shelley Milutinovic. Dans un échange avec le comité sénatorial sur les transports et les communications à Calgary, elle ajoute que sans nouvel oléoduc, la production serait de 500 000 barils inférieure que prévue en 2040.

Selon plusieurs politiciens et les entreprises concernées, des nouveaux oléoducs devraient favoriser le développement de l’économie, résultats indirects de l’expansion de l’industrie ainsi que de l’accès à des nouveaux marchés pour la brut Canadien, où il pourrait être transigé à meilleur prix que sur le marché nord-américain où il est actuellement circonscrit.

Les Premières Nations et les municipalités ont exprimé leur inquiétude sur la contamination de l’eau potable en cas de déversement lors du transport terrestre ou maritime. Les regroupements environnementalistes ont saisi l’occasion pour rappeler que la construction de tout nouvel oléoduc provoquera l’augmentation de l’exploitation et de la production de gaz à effet de serre, rendant impossible pour le pays le respect de ses engagements en matière de protection de l’environnement.

« Il faudrait une augmentation très significative au-delà de 2020 pour avoir des limitations au niveau du réseau d’oléoduc. » selon Dale Marshall, directeur national de projet pour l’organisme Torontois Environmental Defence.

Le président de l’ONÉ, M. Peter Watson, a mentionné au comité sénatorial que l’Office ne prend pas position sur la question de déterminer quel est le meilleur moyen de transporter le pétrole brut. Il ne pouvait pas non-plus donner d’échéancier pour la reprise des audiences de l’ONÉ sur le projet Énergie-Est puisque les nouveaux membres du comité doivent être nommés par le cabinet fédéral.  » Quand ce sera fait, nous allons bouger rapidement. »

Lire sur le Globe and Mail (en anglais)