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Jean-François Cliche / Le Soleil :

(Québec) L’affirmation

«Faut pas croire au développement de sa région pour dire des choses comme ça. […] Moi, je pense que l’avenir économique de la grande région de Québec et de tout l’Est-du-Québec passe par un nouveau lien entre les deux rives. C’est un incontournable», a déclaré cette semaine le maire de Lévis, Gilles Lehouillier. Celui-ci réagissait aux propos d’un économiste, Jean-Pierre Lessard, qui laissait entendre que l’appui populaire au fameux troisième lien est artificiellement gonflé par le fait que les sondeurs n’incluent pas les coûts du projet – l’équivalent de 16 $ par passage ou de hausse de 20 % des taxes municipales pendant 25 ans, a-t-il illustré – dans leurs questions. M. Lehouillier a qualifié ces chiffres de «calculs réducteurs» trahissant un «manque d’objectivité» et a appelé à «avoir une vision d’ensemble des choses». Alors, prenons-­le au mot…

Les faits

En théorie économique, construire une route ou un pont peut «créer de la richesse» bien au-delà des coûts du chantier. Si la nouvelle infrastructure relie deux endroits auparavant isolés et qui ont des produits à s’échanger, alors elle aura un effet stimulant sur l’économie. Et la congestion routière, si elle est très sévère, peut représenter un obstacle au commerce. Par exemple, le pont Ambassadeur, qui relie Windsor et Detroit et sur lequel passent environ 25 % des échanges commerciaux entre le Canada et les États-Unis, débouche sur des rues locales du côté canadien, ce qui cause de gros problèmes de congestion. Le pont international Gordie-Howe, qui reliera d’ici 2020 les deux villes par des autoroutes, devrait donc avoir un effet stimulant.

Mais est-ce que ce sera le cas pour un éventuel troisième lien entre Québec et Lévis? Nous avons posé la question à six économistes (de l’Université Laval : Stephen Gordon, Philippe Barla, Jean Dubé et François Des Rosiers; de l’Université de Montréal : Jean-Philippe Meloche; et Louis Bellemare, ex-conseiller économique du Conseil exécutif du Québec, aujourd’hui retraité). Et ils sont unanimes : non, le fameux troisième lien, s’il se réalise un jour, ne sera pas un moteur de développement économique.

(…)

Verdict

Clairement faux. Il fait peu de doute qu’un troisième lien allégerait (pour un temps, du moins) le trafic sur les ponts aux heures de pointe, ce qui favoriserait le développement résidentiel sur la rive sud. Mais ce sont des logements qui se construiront de toute manière, avec ou sans pont supplémentaire – ils iront juste ailleurs dans la région. Et la congestion actuelle n’est pas suffisante pour espérer que ce pont/tunnel ait un effet de désenclavement qui stimulerait l’économie.

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