Jean-François Cliche / Le Soleil :

(Québec) «Pourriez-vous nous expliquer quels sont les tenants et aboutissants de la Bourse du carbone? Qui en assure la gestion? Qui contribue? Et qui en profite?», demande Pierre Fantinato.

Voilà qui tombe bien : il y a de très belles pages sur cette question dans Gagner la guerre du climat : douze mythes à déboulonner, le dernier livre du physicien de l’Université de Montréal Normand Mousseau, qui a coprésidé la Commission sur les enjeux énergétiques du Québec il y a quelques années. Voyons voir…

Pratiquement tout le monde convient qu’il faut, d’ici la fin du siècle (et idéalement avant 2050), réduire drastiquement nos émissions de gaz à effet de serre, au premier chef le CO2, qui sont responsables des changements climatiques. Si nous ne le faisons pas, le réchauffement dépassera les 2°C (il est déjà bien parti pour le faire, d’ailleurs) et risque d’avoir des conséquences très graves sur nos sociétés et nos économies.

(…)

Mais que ce soit par une taxe ou par une bourse, le but est le même : envoyer ce que les économistes appellent un «signal de prix». Ce qui permettra certainement de faire des progrès, puisqu’il n’est pas déraisonnable de présumer que les particuliers et les entreprises vont tenter de réduire leurs coûts autant que possible.

Cependant, souligne M. Mousseau dans son livre, il y a des «trous» dans ces histoires de prix. Et pas que des petits.

D’abord, pour prévoir qu’une hausse de prix va conduire à un changement de comportement collectif, la théorie économique classique présume que les acteurs en présence sont tous des êtres rationnels. Mais le hic, c’est qu’il a été abondamment démontré que ce n’est pas toujours le cas. On n’achète pas toujours la chemise la moins chère parce qu’on veut être à la mode, on n’achète pas toujours les logements les plus petits et les plus économiques possible parce qu’on veut faire comme les autres et vivre en banlieue, on n’achète pas uniquement ce dont on a besoin parce qu’on est exposé à la pub. Et ainsi de suite, les exemples sont infinis.

Dans ce contexte, argue M. Mousseau, il faut faire preuve d’un optimisme coupable pour penser que l’augmentation des prix de l’essence va ramener en masse les banlieusards au centre-ville, les convertir au transport en commun ou les résigner à acheter des voitures électriques à l’autonomie limitée.

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