Gérald Fillion / ICI Radio-Canada :

En disant qu’on ne pouvait pas laisser dormir tout ce pétrole, qu’aucun gouvernement ne se priverait d’une telle ressource, le premier ministre du Canada a fait son lit et a clairement choisi l’extraction, les emplois, le développement économique, au détriment de l’environnement.

Le signal est clair : on va augmenter la capacité de transport du pétrole par pipelines au Canada de 30 %, de plus d’un million de barils par jour, ce qui va permettre à l’industrie de poursuivre son développement pour augmenter sa production de pétrole issue des sables bitumineux.

Justin Trudeau cadre cette décision dans la transition énergétique en cours. Il a partiellement raison ici. Nous avons besoin de pétrole et c’est pourquoi nous en produisons, nous en achetons, nous en consommons. Mais soyons clairs : la décision annoncée mardi n’a rien à voir avec les besoins des Canadiens ou avec une quelconque transition. C’est un choix purement industriel en totale contradiction avec les impératifs environnementaux.

On produit plus qu’on ne consomme!

D’abord, les Canadiens consomment environ 2,5 millions de barils de pétrole par jour. La production actuelle de l’industrie au pays est de 3,9 millions de barils par jour. Avec l’inversion de la canalisation 9B, le Québec consomme maintenant majoritairement du pétrole américain et canadien. La part du pétrole algérien notamment est tombée sous les 10 % au Québec.

De plus, la capacité de transport des pipelines au Canada est de 4 millions de barils par jour, ce qui s’ajoute aux 140 000 barils par jour déplacés par trains. La capacité de transport dépasse légèrement la production, mais la capacité d’exportations demeure faible. (…)

Aux États-Unis, sous la présidence de Barack Obama, la production de pétrole a doublé. Les Américains s’approchent de l’autonomie énergétique avec le développement du pétrole et du gaz de schiste. En même temps, Washington a investi massivement dans les énergies renouvelables, ce qui fait en sorte que les énergies éolienne et solaire sont celles qui fournissent les plus fortes augmentations de capacité de production électrique aujourd’hui aux États-Unis.

N’empêche, la forte croissance de la production de pétrole aux États-Unis et l’approbation de nouveaux pipelines au Canada nous obligent à conclure qu’il est difficile, aujourd’hui, de reprocher à Donald Trump de vouloir mettre en place un programme énergétique qui sera dommageable pour l’environnement. Est-ce qu’on fait vraiment mieux?

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