Francine Pelletier / Le Devoir :

Philippe Couillard s’inquiète de Donald Trump. Notre premier ministre craint le « penchant climatosceptique » du président désigné, qui, on le sait, n’a rien de constructif à dire sur le réchauffement de la planète. Trump a déjà écrit, en 140 caractères ou moins, qu’il s’agissait d’un « canular inventé par les Chinois pour freiner le secteur manufacturier américain ». Mais, rassurez-vous, le sauveur du Québec n’a pas l’intention de s’en laisser imposer par l’éléphant (dans tous les sens du mot) dans la pièce. Il restera ferme, dit-il, en matière de lutte écologique.

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On hésite entre rire ou pleurer. L’homme qui vient d’imposer sa loi sur les hydrocarbures au moyen du bâillon, qui vient d’offrir le sous-sol québécois, à 10 ¢ l’hectare, à tous les prospecteurs gaziers et pétroliers, qui a mis seulement quatre jours à étudier la question énergétique en commission parlementaire cet été, écartant d’emblée beaucoup d’écologistes qui auraient dû prendre la parole, l’homme dont la feuille de route en matière d’environnement suinte le business as usual, voudrait qu’on le considère comme un preux défenseur de la planète ? On savoure.

La sortie du premier ministre a toutefois le mérite de nous alerter à un tout nouveau péril nommé Trump. Appelons-le le baobab qui cache la forêt néolibérale. Le diable qui fait des anges de tous ceux qui l’entourent. Le recul qui nous fait perdre de vue ce qui nous pend au bout du nez. Le 45e président menace tant de choses — de l’environnement à la diplomatie étrangère, en passant par les droits des minorités et les institutions démocratiques — qu’il est facile d’avoir l’air progressiste à ses côtés. C’est vrai de Philippe Couillard, qui profite des pattes d’éléphant de Trump pour montrer un beau mollet écolo, et c’est vrai aussi de Justin Trudeau.

Le PM canadien nous a passé tout un sapin récemment en bénissant le pipeline Kinder Morgan en Colombie-Britannique. Avec l’air de celui qui sait donner d’une main tout en prenant de l’autre, Justin Trudeau nous a assuré que sa décision était à la fois (refrain connu) « bonne pour l’économie et bonne pour l’environnement ». Mais c’est tout le contraire. La décision n’est pas seulement mauvaise pour l’environnement, elle l’est également pour l’économie, pour ne rien dire de l’angélisme de M. Trudeau, déjà passablement écorché par cette histoire de lobbyisme à coups de 1500 $.

D’abord, contrairement à ce qu’avait promis le chef libéral en campagne électorale, l’oléoduc en question n’a jamais été proprement évalué par l’Office national de l’énergie.

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ICI Radio-Canada : Couillard inquiet de la nomination de Scott Pruitt à la tête de l’EPA

Pétrodiplomatie

Guy Taillefer / Le Devoir :

Étranger à tout sens éthique, l’homme d’affaires et président désigné Donald Trump a confirmé mardi ce que l’on redoutait depuis quelques jours en faisant porter son choix de secrétaire d’État sur Rex Tillerson, p.-d.g. de la multinationale pétrolière Exxon Mobil et par ailleurs proche collaborateur du gouvernement russe du président Vladimir Poutine. Choix alarmant, d’autant plus qu’il se superpose aux conclusions de la CIA, révélées par le Washington Post, que Moscou a bel et bien pesé, par l’intermédiaire de WikiLeaks, sur l’élection présidentielle américaine dans le but spécifique de nuire à Hillary Clinton et de donner un coup de pouce à la candidature de M. Trump.

Le cabinet de M. Trump est en train de prendre la forme d’un club privé de multimillionnaires, loin, très loin de ce que son discours populiste et anti-establishment faisait miroiter. La désignation de M. Tillerson vient à nouveau surligner à quel point M. Trump est capable d’indifférence (ou est-ce de l’ignorance ?) devant la possibilité que ses choix ministériels puissent soulever des enjeux de conflits d’intérêts et entrer en contradiction avec l’intérêt public. Non pas qu’il faille s’en surprendre : si M. Trump a accepté l’idée, encore qu’en termes nébuleux, qu’il est « visuellement important » pour lui de s’éloigner de ses entreprises, il n’a pas encore compris en quoi son rôle de président pose des problèmes d’intégrité par rapport à son rôle de flamboyant businessman. C’est dire qu’avec lui, l’asservissement de l’État à des considérations d’affaires et aux intérêts des actionnaires est en train d’être poussé à l’extrême.

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