François Prévost, Membre du Comité Vigilance Hydrocarbures de Roxton Falls et du Regroupement Vigilance Hydrocarbures Québec :

Le 7 juin dernier, juste avant de clore la session parlementaire, le gouvernement du Québec déposait le projet de loi 106 (Loi concernant la mise en œuvre de la Politique énergétique 2030 et modifiant diverses dispositions législatives), qui devra être examiné par une commission parlementaire dès le 16 août 2016. Pour justifier cette hâte, le gouvernement invoque l’urgence de mettre en œuvre sa Politique énergétique 2030.

Cette politique, rendue publique en avril, comporte certes de nombreux aspects pertinents, axés sur le développement durable et la lutte contre les changements climatiques. Mais elle comporte aussi une section intitulée « L’exploitation responsable des hydrocarbures au Québec ». C’est d’ailleurs dans cette perspective qu’a été déposé le projet de loi 106, qui prévoit l’adoption d’une nouvelle Loi sur les hydrocarbures.

Cette loi retire aux municipalités leurs pouvoirs en matière de gestion de leur territoire et de leurs ressources en eau, et menace d’expropriation les propriétaires qui refuseraient qu’on vienne forer sur leur terrain. Qu’entend le gouvernement par « exploitation responsable des hydrocarbures ». Cela consiste-t-il à donner carte blanche aux pétrolières et aux gazières?

Le Comité Vigilance Hydrocarbures de Roxton Falls tient à rappeler au gouvernement comme aux élus locaux et régionaux qu’ils ont pour mandat de représenter leurs commettants. Entre 2012 et 2014, plus de 65 000 citoyennes et citoyens ont fait parvenir aux sociétés gazières qui détiennent les droits d’exploitation du gaz de schiste dans les basses-terres du Saint-Laurent une lettre leur interdisant l’accès à leur propriété pour y forer des puits. Il est peu probable que ces personnes ont aujourd’hui changé d’idée, même si la nouvelle loi risque de leur enlever tout moyen de s’opposer aux appétits des magnats des hydrocarbures.

En effet, comme la très grande majorité des scientifiques, ces citoyens savent aujourd’hui que le seul moyen de mettre un frein au dérèglement du climat, c’est de cesser dès maintenant d’exploiter toute nouvelle source d’énergies fossiles, et notamment les ressources non conventionnelles comme le pétrole et le gaz de schiste.

Et ils ont du mal à comprendre que nos dirigeants n’ont pas encore pris conscience de cette terrible réalité et persistent à prendre des décisions si manifestement contraires au sens commun, sinon au bien commun. Faudra-t-il encore une fois nous mobiliser pour nous opposer à ces gens que nous avons élus, mais qui, totalement dénués de vision et de courage politique, préfèrent écouter les financiers et leurs intérêts à court terme plutôt que leurs concitoyens préoccupés par le sort de la planète?

Eh bien, que les élus se tiennent prêts! Les citoyens, jeunes et vieux, en ont assez de ne pas se faire entendre et refusent de se faire imposer des projets dont ils ne veulent pas. Ils résisteront et trouveront les moyens de faire respecter leur volonté et la démocratie qui leur tient à cœur.